mercredi 29 avril 2015

Stagiaire à Pékin - Chapitre 2 : Incompréhension

Il y a deux trois ans de cela, je me rendais à Pékin pour un stage de 6 mois au sein d'un grand groupe hôtelier. Voici le récit et les clichés de cette étrange aventure.


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Chapitre 2 : Incompréhension


La veille de mon premier jour de travail, je ne dors pas. Je m'imagine déjà humiliée par mon inaptitude. J'entends presque les rires moqueurs des dirigeants devant la petite stagiaire, envoyée par le siège, qui ne parle pas un mot de chinois. 

J'avale difficilement mon petit déjeuner et retrouve l'intimidant Monsieur S. qui me présente à ma nouvelle équipe. "Voici J. [que je surnommerai par la suite Busybusy], le directeur technique. Vous travaillerez avec lui. Vous n'êtes pas son assistante mais vous pouvez vous faire passer comme telle si vous voulez éviter de le froisser. La jeune femme ici, c'est Q. [je l'appellerai Queen]. Elle est vraiment bien cette fille, vous verrez. Elle doit avoir à peu près votre âge, elle sera votre traductrice. Et tous les hommes en combinaison grise là : l'équipe technique. Des bons à rien pour la plupart qui ne savent ni lire ni écrire, mais il y a quelques braves types. Ils vont vous montrer les locaux techniques de l'hôtel. Mais d'abord, passez à la buanderie pour qu'on vous fasse faire votre costume." 

Je suis embarquée dans tourbillon de visages et d'informations que mon cerveau tente vainement d'assimiler. La gentille Queen me prend par le bras et me conduit chez la couturière chargée de prendre les mesures pour la préparation de mon costume. Drôle de sensation lorsqu'on est stagiaire désargentée... 

D'autant plus que la couturière me scrute de haut en bas avec des yeux s'élargissants pour devenir de plus en plus ronds. Lorsqu'ils ressemblent tout à fait à deux billes noires, cette dernière ne peut plus contenir sa stupeur. De petits cris stridents rameutent ses camarades qui s'agglutinent et sont bientôt plus d'une quinzaine autour de moi. Elles piaillent, sifflent, s'esclaffent devant un tel spectacle. Elles n'ont jamais rien vu de pareil ! 
Je ne peux qu'imaginer leurs exclamations : "Regarde la taille de ses cuisses !!! Incroyable ! On peut nourrir tout l'hôtel avec un jambonneau pareil ! Ah ces européens... Ses jambes doivent faire trois fois la taille des miennes ! Quatre peut-être ! Et ses cheveux !! Vous avez vu ses cheveux clairs ?! En tout cas va falloir des kilomètres de tissus avec des tonneaux pareils !" "T'as raison Gertrude [libre traduction d'un prénom chinois quelconque] !" 

En Chine, les femmes sont petites et minces. Les hommes aussi d'ailleurs. La taille 34 est tout à fait classique. À tel point que lorsqu'on vient de France et qu'on a quelques rondeurs, on passe vite pour une extra-terrestre. S'habiller n'est pas simple lorsqu'on n'a pas les moyens de se faire fabriquer des vêtements sur mesure. C'est pourtant loin d'être impossible à Pékin, grâce à la rapidité des chinois à s'adapter à la demande. Du moins si vous aimez Hello Kitty, le rose bonbon, les brillants, et le style fifille sexy que les chinoises adoptent à absolument tout âge... Certains "marchés" ont été spécialement conçus pour les européens et présentent à peu près toutes les tailles. Les prix y sont un peu plus élevés qu'ailleurs mais tout dépend de votre couleur de peau, vos capacités linguistiques et votre aptitude à négocier. 


Oui. M est partout.

Mais peut-être devrais-je présenter un peu plus en détail ces marchés qui ressemblent à d'immenses hangars, remplis d'échoppes à l'enfilade, qui vendent toutes les mêmes babioles partout dans Pékin. Des vêtements strassés et bas de gamme, des colliers en fausses perles, des sacs en faux cuir, des copies de parfums, des copies de vernis, des copies de ceintures,  des chaussures en papier, des tissus... Le niveau sonore y est élevé. Très élevé. Tout le monde négocie sa ristourne à pleins poumons, politesse obligatoire. Bien sûr, vous pouvez aussi retrouver votre bon vieux H&M dans un centre commercial classique deux rues plus loin, mais c'est quand même moins rigolo... Et puis, croyez-moi, vous faites des heureux pour pas cher à votre retour en France.


On s'habitue vite aux petits avantages qu'offre une richesse relative au temple du bas de gamme. Après seulement un mois, je portais des faux cils à chaque soirée (10 centimes !), je m'offrais une manucure une fois par semaine (2 euros !) et je me faisais masser les pieds aussi souvent que possible (3 euros !). Moi qui n'allais absolument JAMAIS chez le coiffeur en France, je changeais de coupe tous les mois. Juste pour le plaisir de voir mon coiffeur passer des heures à contempler ma chevelure, coupant mèche par mèche comme s'il s'agissait de véritables fils d'or. J'étais devenue absolument insupportable.

Photo n'illustrant pas du tout mon propos mais qui me fait marrer

jeudi 23 avril 2015

Que dire quand on a rencontré son mec... Sur internet ?

C'est une vraie question les amis. 

J'ai finalement arrêté les bêtises et réussi à récupérer mon gentil British. Je suis amoureuse. Et pour une fois ce sentiment ne s'accompagne pas d'une folie furieuse de ma part, j'arrive à l'aimer à peu près simplement et à contrôler mon caractère de chieuse 80% du temps. Bel effort. 

La seule chose qui chagrine mon coeur de romantique, c'est quand on me pose LA fameuse question : "Vous vous êtes rencontrés comment ?". 




Moi j'aurais voulu une histoire magnifique qui arrache des "awww" et des "wouaaaww ! Trop romantique !!". Comme les parents de ma bestah C. Son père est australien, sa mère est canadienne, ils sont tous les deux venus étudier en France et se sont rencontrés dans la queue pour les passeports -ou les visas je sais plus- à l'arrivée. Sa mère est scientifique, son père est artiste, et quand C. raconte l'histoire on est tous pendus à ses lèvres. On imagine instantanément le scénario d'une comédie romantique américaine avec Beyonce en fond sonore. 

À la place, moi, quand on me pose la question, je me racle la gorge et je murmure de la façon la plus inaudible du monde : "Sur okc". "Quoi ??".  "Huum hum sur okc". "Quoi ???". "SUR OKCUPID BORDEL !". Charmant. 
Et je pense à tout ceux qui comme moi se sont rencontrés façon 2.0, avec une pensée toute particulière pour les utilisateurs de Tinder...

Alors on racontera quoi à nos enfants ? (Oula faut que je me calme)

Pour l'instant je discerne trois méthodes :

1. La méthode père Noël 

Elle demande une bonne synchronisation avec son amoureux et consiste à mentir purement et simplement ad vitam aeternam jusqu'à ce que l'histoire entre dans l'Histoire. 
"Ton père (je lâche l'affaire) et moi, on était tous les deux en vacances à Barcelone. Je faisais de la planche à voile quand une énorme tempête a éclaté. Ma voile s'est décrochée et je suis tombée à l'eau. Entre temps toute la plage s'était vidée, sauf ton père qui m'avait repérée le matin et ne m'avait pas quittée des yeux depuis. Me voyant en difficulté, il a couru jusqu'à la mer pour me sauver. Moi j'ai vu la scène au ralenti. Il m'a prise dans ses bras et m'a déposée délicatement sur le sable et le soleil est revenu. Comment ça j'ai jamais fait de planche à voile ?? Je suis championne ! Si !"

2. La méthode Hop là ! Et voilà que j't'embrouille !

Elle consiste à mentir par omission. Ou à mentir par amnésie partielle. Soit prendre le mot "rencontre" à la lettre. En gros, oublier toute la partie non physique passée à discuter derrière un écran et se concentrer sur la première date. 
"Nos regards se sont croisés  un soir dans mon bar londonien préféré, au bord du canal. Il s'est avancé vers moi en souriant et m'a demandé "Tu es Jack4Co ?" et j'ai souri en inclinant la tête. Il avait un petit air rital qui ne correspondait pas vraiment à l'image que je m'étais faite de mon futur mari (!!) mais il m'a servi un verre et on a commencé à discuter". "Jack4Co ?? C'est quoi ça ?". "Oh, rien, l'humour British sans doute...". 

3. La méthode Lady Gaga

Assume little monster !
"Alors hum c'était les tous débuts d'internet, on était les premiers utilisateurs d'un site confiden... Ouai bon ok, on s'est rencontrés sur le plus gros site de dating anglais, à l'heure où les rencontres en ligne étaient devenues "mainstream". J'avais parlé à des dizaines et des dizaines de mecs différents et puis J. m'a fait sourire. Je n'ai même pas regardé ses photos à vrai dire, il m'a tout de suite intéressée avec sa façon directe d'aborder les choses et les liens qu'il m'envoyait vers des musiques ou des articles. À notre premier rendez-vous il me serrait déjà dans ses bras comme si je lui appartenais... et j'ai adoré ça."


C'est quoi votre méthode à vous ?


mercredi 22 avril 2015

Un après-midi à Gunnersbury Park...

"Hi Darling, would you like my Metro?" 

Ça a commencé comme ça. Une femme fripée aux yeux couverts de bleu me tend son journal. Ses sourcils parsemés sont surlignés d'un trait de crayon beige. Elle cache ses cheveux rêches dans un petit béret, une pierre translucide étrange pend à son cou. 

"Vous êtes française ? Moi aussi. Enfin je l'ai été. Deux fois. À chaque fois j'étais un prêtre habillé en longue robe noire. Et vous voyez je continue à porter de longs pantalons noirs. Avant je les achetais sur le marché, vous savez, celui qui a fermé il y a quelques années. Je les payais 16 pounds. C'est rien 16 pounds pour un jean noir. Quand on a ses adresses on s'en sort... De mes vies françaises je garde une fascination pour le pays et quelques mots : "C'est twès chawmant Pawis. Comment vous appeley-vous ?". Oh c'est que je n'ai pas été seulement prêtre. J'ai aussi été la petite fille du fameux M.Gervais. Il était très ami avec la femme de Proust. Oui, oui, l'écrivain. C'est un homme charmant, absolument charmant. Bon je l'ai surpris étant jeune... Une aventure avec une domestique... Mais à cette époque c'était courant vous savez. J'ai participé au soutien du pauvre fils de la servante bafouée. Je suis comme ça, je déteste l'injustice.
Tenez pas plus tard qu'hier j'ai croisé mon voisin complètement ivre avec la tête qui gigotait. Il n'avait pas touché à l'alcool pendant des années puis il a replongé. J'ai insisté pour l'emmener à l'hôpital. Mais ici vous voyez il suffit de signer un papier pour dire qu'on veut sortir et on sort. Il était terriblement indiscipliné, il a quitté le premier hôpital et je l'ai conduit dans un second. Je les ai priés de le garder, s'il-vous-plait ! Mais on m'a dit Madame il a des droits. Je suis venue le voir tous les jours pendant deux semaines mais il complotait. Oh oui pour s'échapper. Moi je restais toute la journée à le surveiller, parfois huit heures, neuf heures à regarder sa tête gigoter. Après ça j'étais épuisée et j'avais des troubles de vision. Mais il ne m'en a été nullement reconnaissant croyez-vous ! Il était paranoïaque et pensait que j'essayais de l'enfermer. Ça attaque le cerveau l'alcool. Alors un jour j'ai abandonné, tant pis. Bon j'ai quand même lu dans les cartes son avenir et noté dans mon agenda les dates sensibles. Oui les dates où il risquerait de se faire du mal... Bon si je le vois effondré j'appellerai la police mais rien de plus ! Ah non ça, qu'il ne compte plus sur moi ! J'aimerais bien en être débarrassée à vrai dire...
J'ai déménagé 32 fois dans ma vie. J'ai habité dans 6 pays différents. Toujours seule, je me suis toujours débrouillée. Je viens de Dublin au départ. Un jour en Australie on m'a conseillée un médium qui m'a parlé de la vie scandaleuse d'une parisienne avant la guerre. Depuis j'écris un livre sur elle. C'est fatiguant tous ces cartons chez moi, c'est l'inconvénient des recherches historiques. Je suis écrivain mais un projet pareil avant de vous faire rentrer des sous ça prend des années. Et puis mon public serait principalement américain... J'en ai marre je voudrais que ça se termine. Vous trouvez pas que mon poignet est gonflé ?"
Je regarde son poignet tout enflé.
"Oui, c'est à cause de ces chaussures. J'ai glissé et hop voilà. Il faudrait peut-être que je mette un strap... Non non je ne veux pas aller à l'hôpital !!!"
Je regarde ses larges sandales plates.




Johnathan Reiner - Totem 3 - Fortuna





mercredi 25 février 2015

Conseils pour devenir le parfait dramaturge de sa propre vie.

Heyyy ! Coucou ! Tu te rappelles ? Ouai ça fait un bail ! T'as pas pris une ride pourtant. Moi ? Ho, j'ai juste un peu refait la déco. À part ça je te rassure rien n'a changé. Je me mets toujours dans des situations abracadabrantes et je suis toujours la mère Fouras de l'amour comme disait Kamel Toe. Ce serait con de s'améliorer pas vrai ! J'ai beaucoup pensé à toi, puis tu sais, la vie quoi... Aller tu m'en veux pas, je te mets à jour ? 




La vie est pleine de drames. Des drames tangibles, qui font se lever des foules entières, qui rassemblent des millions de gens, qui créent des sentiments puissants et partagés. Puis des drames personnels, tout aussi profonds, si ce n'est plus pour les personnes qui les vivent. Plus je vieillis et plus je suis convaincue que le drame fait partie intégrante de nos vies. 
Mais pour certains, étrangement, cela ne suffit pas. Ils ont la capacité extraordinaire de se créer des drames supplémentaires et totalement fictifs, qu'ils rendent peu à peu réels à force d'y croire eux-mêmes. Comme vous vous en doutez, je suis naturellement pourvue de ce don extraordinaire. Ainsi, si vous manquez un peu d'amertume, d'auto-apitoiement, de larmichettes, suivez le guide : je partage.

À la fin de mes études d'ingénieur, je n'ai pas hiberné pendant des mois comme on aurait pu le croire ici, j'ai intégré l'antre d'un démon dévorant : une agence de production artistique. J'y suis entrée à pas de loup, tétanisée à l'idée de perturber par ma gaucherie ce monde fantasmé. Les femmes sublimes, chics et cultivées de l'agence représentaient tout ce que l'ingénieure boulotte que j'étais rêvait de devenir. 
Pendant un an, j'ai travaillé comme jamais dans ma vie. J'ai donné toute mon âme et mon temps à ces projets glamours, grandioses, qui me happaient complètement. J'ai travaillé des dimanches, des soirs, des nuits pour un salaire misérable, je me suis épuisée mais j'ai aussi été follement heureuse. Je me suis sentie étrangement épanouie. J'avais le sentiment de vivre pour moi alors que, paradoxalement, je n'avais plus de temps pour moi. Ni mes amis ni ma famille. En réalité, je n'avais plus le temps de penser et ça me plaisait bien. J'apprenais mais je ne réfléchissais plus. Ou bien je réfléchissais au projet en cours, à ce que m'avait dit mon chef, à ce qu'il pensait de moi, à comment devenir un parfait petit copié-collé des nanas de l'agence. J'étais presque lobotomisée par cet univers angoissant qui me faisait pourtant tellement rêver. Je n'ai pas fermé les yeux pour autant, j'ai bien vu les dessous de l'art contemporain, sa surface lisse et brillante aussi bien que ses revers sombres et écoeurants. Mais j'ai plongé dans le travail comme dans la bouffe des années plus tôt, lorsque j'étais boulimique. Avec trop d'entrain, trop de sensibilité, trop de naïveté, trop, trop, trop. Souvent je me suis même sentie ridicule. 
Je pourrais écrire des pages sur les figures emblématiques qui dirigent l'agence et éveillent chez leurs employés des sentiments contradictoires de haine et de respect, d'admiration et de dégoût terrible. Ou bien sur mes liens fusionnels et pas toujours sains avec mon chef. Mais là n'est pas mon propos. Alors revenons aux étapes de fabrication de son propre drame parfait.

Conseil n°1 : Ne pas écouter son coeur et encore moins sa raison

Un jour j'ai parlé à mon chef de mon amour pour Londres, cette ville fantastique dans laquelle je rêvais de vivre. Et il m'a prise très au sérieux. Je n'avais aucun projet en tête évidemment, aucune piste, aucune idée, juste ma meilleure amie sur place et mon amour pour cette ville. Londres lointaine dans mon esprit est devenue très présente dans celui de mon chef. "J'aurais bien aimé que tu fasses ceci ou deviennes cela mais tu pars à Londres, il faut que tu partes". Je n'osais pas le contredire. Je ne voulais pas le décevoir. Je me suis peu à peu faite à l'idée que oui, je partais. J'allais vivre mon rêve de gosse. Mais je ne me départais pas de ce sournois sentiment de faire une bêtise, de quitter un monde dans lequel j'avais l'impression d'avoir enfin trouvé ma place pour une chimère. 

Conseil n°2 : Pratiquer l'auto-dévalorisation à haute dose

Un autre sentiment sournois m'a peu à peu traversée. Et si mon chef me poussait à partir à Londres parce qu'il ne voulait pas me garder ? Parce que j'étais trop nulle ? Parce qu'il n'y avait pas de place pour un poids lourd comme moi ? Voulait-il que je vive mon rêve ou voulait-il se débarrasser de moi ?

Conseil n°3 : Scénariser sa vie

Comme l'agence avait envahi toute ma vie et tout mon être, mon départ devait forcément être tonitruant. Déclarations d'affection, cadeaux, démonstrations, déchirements, promesses, adieux... Trop, trop, trop, reflet parfait de mon excessive expérience. Un moyen évident de s'assurer qu'aucun retour en arrière n'était possible.

Conseil n°4 : Avoir des regrets ; cultiver la nostalgie

Pendant mes vacances d'été, deux mots ne quittaient pas ma bouche : le nom de l'agence et celui de mon chef. Mon ancien chef pardon. Et je continuais à parler des projets comme si j'y étais. 
Une semaine avant mon départ, mon chef - mon ancien chef pardon - me fit savoir qu'il avait absolument besoin de moi dans son équipe et que si je le souhaitais j'étais à nouveau la bienvenue à l'agence six mois plus tard, après mon expérience londonienne. Évidemment, nouvel élan d'émotion, toutes mes perspectives bouleversées et un départ chaotique. J'arrivais à Londres les songes à Paris. J'étais paralysée. Incapable de profiter de ma nouvelle vie. J'exaspérais ma meilleure amie et colocataire par mon indécision.

Conseil n°5 : Prendre des décisions hâtives sous le coup de l'émotion

Un mois plus tard, je disais donc à mon chef - mon ancien chef pardon - de faire comme si je n'allais pas revenir. De ne pas compter sur moi et nous verrions dans cinq mois. Je ne voulais pas attendre, je devais me débarrasser de mes chaînes pour me plonger entièrement dans mon aventure londonienne. Je ne voulais pas dire oui puis non, alors j'ai dit non puis oui. À Londres, sans travail, sans réelle mobilisation, je me suis peu à peu engluée dans la déprime. J'ai repris quelques kilos puis j'ai dû rentrer en France pour une opération bénigne. À l'agence on ne m'attendait plus. Je me suis retrouvée deux mois chez mon papa pour ma convalescence. Il aurait voulu que je reste en France et que je cherche un travail sérieux. Un boulot d'ingénieur un vrai. Mais je suis repartie décidée à donner un sens à cette escapade londonienne.

Le Grand Final : Le parfait retournement de situation

Bon. Là je vous ai raconté le pire parce qu'on est dans le drame. Mais bien sûr comme dans toutes histoires il y a aussi de l'allégresse ! D'ailleurs sans allégresse ce ne serait pas un vrai faux drame. Il faut beaucoup d'allégresse pour réussir à retomber par terre bien comme il faut. Vous voyez ? L'essence du dramaturge de sa propre vie c'est le gâchis. Et quoi de plus génial que les relations amoureuses pour cela. 
Alors on y vient. À Londres j'ai osé. Je me suis inscrite sur un site de rencontres qui s'appelle okcupid. En France je ne l'aurais pas fait parce que je pensais que c'était réservé aux vieux dépressifs ou aux "plans c**". Mais à Londres j'avais besoin de m'intégrer, de discuter avec des vrais British, alors je me suis lancée. Sur okc (pour les initiés hum) on trouve beaucoup de gentils geeks et de nerds revanchards. J'ai discuté avec des montagnes d'hommes et j'en ai rencontré dix. Parmi les dix mon coeur a flanché pour un. Enfin flanché... En toute honnêteté j'ai d'abord été déçue. Son physique, sa voix ne correspondaient pas à l'image que je m'en étais faite. Mais il m'a vite fait oublier tout cela. Il m'a couverte d'attentions adorables, de petits mots, de fleurs... Et il m'a donné mes premiers... Vous savez... Bon. Il était amoureux, je trouvais tout cela bien excessif mais mon petit coeur fleur bleue s'est attaché, évidemment. Je suis une incurable romantique et bien que je déteste les grand-mères à chats j'ai tous les symptômes de la future grand-mère à chats. 
Lorsqu'on a un léger déficit de confiance en soi on a du mal à croire que quelqu'un puisse tomber amoureux de nous. Quand on a un léger déficit de confiance en soi et qu'on n'a pas de travail - donc beaucoup trop de temps - c'est l'hécatombe. 
Les pensées dépréciatives envers ma propre personne se sont multipliées. Et on ne peut pas aimer une grosse incompétente et instable. Hein tu vois chéri. Je ne suis pas assez bien. Non mais tu vois je suis névrosée, si si. Tu ne peux pas me comprendre, on est trop différents. Tu vois tu m'apprécies beaucoup mais tu ne m'aimes pas. Tu n'aimes pas ça ? Ha bah voilà j'avais raison, je suis exactement comme ça. Hein ? Peut-être que je n'ai pas tord ? J'en étais sûre ! Séparons-nous je ne peux souffrir une relation inégale sentimentalement... De toutes façons c'est toujours pareil, on croit m'aimer follement quand on ne me connait pas puis dès qu'on creuse c'est fini...

Et voilà. Là vous avez un parfait retournement de situation. Là vous pouvez vous sentir bien malheureux(se), vous avez un beau sentiment de gâchis et vous pouvez bien vous prouver à vous même que vous êtes nul(le). Enfin. On y est. Je vous redonne les points clés du retournement de situation pour que ce soit bien clair :

Situation -0 : Vous êtes seul(e).
Situation 0 : Il (elle) vous aime, vous l'aimez bien.
Situation 1 : Vous vous rappelez que ce n'est pas possible qu'on vous aime.
Situation 2 : Vous le (la) convainquez qu'en fait non, il (elle) ne vous aime pas.
Situation 3 : Il (elle) finit par vous donner raison.
Situation 4 : Vous le (la) quittez de ce fait.
Situation 5 : Vous l'aimez, il (elle) vous aime bien.
Résultat : vous vous faites bien mal au coeur et retournez à votre situation -0. Bien joué !

(Hey heureusement si c'est quelqu'un de bien vous pouvez le garder en ami !! Oh chouette !)

Conclusion :

En parfaite dramaturge de ma propre vie j'ai donc réussi -en six mois !- à décevoir mon père sur absolument tous les plans. J'ai repris x kilos, je n'ai plus de travail et pour finir je n'ai plus de mec !
Heureusement que je trouve ça quand même un peu comique...







mercredi 30 octobre 2013

Stagiaire à Pékin - Chapitre 1 : Stupéfaction

Il y a deux ans de cela, je me rendais à Pékin pour un stage de 6 mois au sein d'un grand groupe hôtelier. Voici le récit et les clichés de cette étrange aventure.




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Chapitre 1 : Stupéfaction



                  Je sors de terre et pose un premier pied sur Pékin. 
  
                  Face à moi l'immensité d'un hôtel infini. Grande tour de verre sombre qui sera mon lieu de travail, mon espace de vie, ma maison durant six mois. 

                  On me fait patienter dans un hall faussement luxueux. Une heure plus tard, j'entre flageolante dans le bureau de Monsieur S., directeur du complexe hôtelier. 
"Bienvenue mademoiselle. Prenez place". Il ne vient pas de mon pays mais nous parlons la même langue. Cela aurait pu me rassurer si le charisme de l'homme et son ton sec ne rendaient pas le fossé, qui nous séparait alors, parfaitement infranchissable. Visage plein, chaussures vernies et gros cigares. L'air d'un homme face à qui tout le monde file droit. 
"Sachez une chose mademoiselle... Je vois tout et je sais TOUT ce qu'il se passe dans cet hôtel. Il y a des caméras dans tous les couloirs et je surveille les moindres faits et gestes de mes stagiaires. Il est interdit de fricoter entre stagiaires, et vous n'êtes pas autorisée à inviter qui que ce soit le soir dans votre chambre, particulièrement des hommes. Sur ce, bon weekend, vous commencez lundi." 
...Choc. 
J'étais à la fois outrée et terrorisée par le discours de Monsieur BigBrother. Mais, étrangement, la première chose à laquelle je pensai alors n'était pas : "Comment ose-t-il attenter à ma vie privée de la sorte ?" mais bien : "Mais enfin, pour qui me prend-il ??". Naïve petite stagiaire que j'incarnais encore, mais pour combien de temps...


Mon premier ami chinois, fan inconditionnel de Rihanna


                  Je décide donc de profiter de mes quelques journées de repos pour visiter la ville. 
Premier constat : Pékin l'été est chaude et suffocante. La pollution et la lourdeur de l'air brûlant gênent la visibilité. Je me traine difficilement sous les 40° d'un soleil invisible. 
Je découvre la rigueur communiste de la place Tian'anmen, comme son lourd et effrayant passé. Je pense aux étudiants de mon âge massacrés là, l'année de ma naissance. Le portrait de Mao trône fièrement aux portes de la Cité Interdite. 
C'est alors qu'un jeune chinois d'à peine 17 ans vient interrompre ma divagation. Il s'adresse à moi dans un anglais incertain et me sourit largement. Si j'avais lu les recommandations de l'ambassade de France, je ne l'aurais pas suivi à travers la ville. Je n'aurais pas su qu'il existait des fans de Rihanna à l'autre bout du monde et qu'on pouvait manger des assiettes gigantesques de riz et de mets indéterminés pour 10 kuai seulement, 1 euro, en sous-sol des grands magasins. 

Entrée de la cité interdite, en plein mois d'Août


                  Lors de mes virées quotidiennes à l'assaut de la ville, je suis surprise par les multitudes d’expressions sur les visages des chinois. Sans trop savoir pourquoi, j’imaginais une population discrète, réservée, travailleuse, comme une grande fourmilière. Je me trouve alors étonnée par l’individualité de chacun, leurs nombreux éclats de rire et leurs discussions mouvementées. D’ailleurs si les discussions sont longues et fortes, elles ne sont pas forcément houleuses. Quel que soit le sujet, les chinois conversent à un niveau sonore soutenu, peut-être imposé par le surpeuplement qui pèse sur la ville. En effet, il y a du monde partout, tout le temps. Je me noie dans les marées qui s'affrontent à l'entrée des métros. La politesse à l'européenne n'est pas de mise, on fonce dans le tas ! Etrangement, les alentours de l’hôtel sont peut-être les seuls endroits calmes de la ville. 

                  Plutôt que curieux, les chinois me semblent intéressés par les nouveaux contacts. Le "réseau" est aussi primordial ici que dans les grandes écoles de commerce françaises... Chacun sa petite carte, qu'on échange respectueusement. 
Que je les croise dans les couloirs de l'hôtel ou dans la rue, ils sont presque toujours aidants et souriants. Ils me couvrent d'attentions et de sucreries. Ainsi, malgré mon incapacité linguistique, je ne rencontre aucune difficulté lors de mes déplacements ou de mes visites, étant toujours soutenue par un chinois intrigué. 


Promenades enchantées - Premiers jours à Pékin


                 
 Puis, peu à peu, l'insouciance de ces flâneries laisse place à l'angoisse de l'imminence du premier jour de travail dans cet univers inconnu, qui devrait changer à jamais mes croyances sur le monde... (Sacré phrase cliché que je vous sers là mais bon, faut bien que je tente de vous tenir -un tout petit peu- en haleine dans ce long voyage ! ;))







dimanche 27 octobre 2013

Stagiaire à Pékin - Introduction : L'arrivée

Cela fait presque un an que j'essaye de trouver le moyen de vous parler de la Chine. 

Le sujet est si vaste et ma vision si étroite que j'ose à peine vous livrer mon expérience. Je ne sais rien de la Chine, si ce n'est que j'y ai vécu et travaillé durant six mois.  De longues et éprouvantes semaines qui, en un sens, ont bouleversé ma vie. 
C'est là-bas que j'ai rencontré l'homme qui m'a encouragée à écrire. Il était directeur d'une école à Shanghai et affirmait qu'il était primordial de partager son apprentissage et son ressenti, toujours, même ceux qui nous paraissent les plus insignifiants. Dévoiler ses impressions naïves, c'est déjà permettre un échange et s'offrir une chance d'évoluer.

Alors c'est sans doute trop tard pour le dire mais, il y a deux ans de cela, je me rendais à Pékin pour un stage de 6 mois au sein d'un grand groupe hôtelier. Et -si vous êtes prêts à embarquer avec moi- je vais vous raconter cette aventure, avant qu'elle ne perde tout à fait son sens...



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Introduction : L'arrivée


Le survol de Pékin donne le vertige. Un vaste chantier de tours, toutes plus hautes les unes que les autres, à perte de vue, en quadrillage parfait. On est loin du déploiement organique de nos villes, dont la densité parait soudain ridicule.
J'atterris dans un aéroport d'une immensité et d'une propreté affolantes. L'air y est plus humide qu'à Paris. Perdue, je reste interdite face à ce spectacle de supériorité qu'offre la Chine à l'étranger qui débarque. "Like that since the Olympic Games..." me souffle mon nouvel ami chinois, rencontré dans l'avion.




Face à mon désarroi, il me propose tout naturellement de m'accompagner jusqu'à l'adresse chiffonnée que je lui tends. Extrêmement surprise mais soulagée, j'accepte sans trop d'hésitations. Ainsi, nous nous engouffrons tous deux dans l'angoissant petit train perché sur un pont qui devra nous conduire jusqu'à l'infinité de la ville.





mercredi 31 juillet 2013

Il y a de ces jours qu'on n'aimera jamais plus...

 Source : inconnue


9h36. Je suis en Normandie, au bord de la mer, avec un couple d'amis. Un rayon filtre à travers les stores mal fermés, j'ouvre les yeux. Mon humeur est maussade. Je décide de ne pas y prêter tout de suite attention, je préfère rester dans le flou, juste encore un peu...

10h40. Alors que nous prenons un petit déjeuner tardif, L. arbore un demi-sourire. "Pfff, ma mère ! Elle m'envoie des photos de chaises de jardin, j'en recherche pour mon appart'. Vous en pensez quoi de celle-là ?" K. se penche vers le smartphone et se moque gentiment de la demi douzaine de photos de chaises en bois presque identiques. Je sens cette saleté d'envie poindre, prendre ses aises et contaminer tout mon corps. Quelle connerie la jalousie... Eh merde. Moi aussi j'aimerais que ma mère m'envoie des photos de chaises en bois. Même moches, même en plastoc' ça m'irait. 

K : "Ça va C.?"
C : "...Ça fait un an. Aujourd'hui." Le regard dans le vague, je me parle à moi-même. Je n'ai pas pu tenir plus longtemps, je dévoile l'ombre sournoise.
K : "Ah... C'est vrai. C'était juste avant mon voyage à Bali." Si ce n'était pas de la mort de ma mère qu'il s'agissait, j'aurais peut-être souri face à la naïveté de cette remarque.
C : "Excusez-moi, il faut que j'appelle ma tante." 

10h55. Après quelques tergiversations, nous en venons enfin aux faits. "J'ai publié un extrait du texte que nous avions choisi pour l'enterrement dans le Corse Matin..." me dit ma tante. "Il était bien ce texte. On doit continuer à vivre comme si elle était parmi nous et l'intégrer à nos rires par tous les souvenirs joyeux que nous avons d'elle. Elle est bien là, encore présente, dans nos cœurs et dans nos têtes, et elle veut notre bonheur, il faut parler d'elle encore et encore". 

Mais quoi qu'on en dise, la douloureuse absence d'un être cher détruit tout un équilibre, une famille. On a tous peur. Mon père essaye-t-il encore de maintenir l'unité qu'elle seule, par son amour et sa sensibilité, créait au sein de notre cocon ? Et mon frère, si taciturne à ce propos, que ressent-il ? Qu'éprouvent les hommes de notre quintet amputé ? Nous les sentimentales, nous les fragiles, nous angoissons. Et cette angoisse est malsaine. Car au fond, notre véritable peur c'est qu'elle soit mal aimée après sa mort. 

11h33. Idiote que je fais. Nous l'aimons tous à la folie, ma sœur  mon frère, mon père, mes tantes... et il en sera ainsi toute notre vie. 


12h02. "K., je sais qu'hier j'ai dit que je détestais Dieu, mais j'aimerais aller à l'église aujourd'hui. Je n'en suis plus à une contradiction près n'est-ce pas ? Il y a une église à Coutainville ?"


15h00. K. et L. m'ont traînée dans une sorte de dépôt-vente rempli de babioles. On dirait deux gamins à l’affût de ce que K. appelle "la perle rare", ce qui fait bien marrer L.. Je profite de leur inattention pour larmoyer discrètement, puis j'essaye de faire semblant de me prendre au jeu et ça me distrait.
K : "Tu veux qu'on te dépose à l'église au retour de la brocante ?"
C : "Non. J'ai trop faim. J'irai après le déjeuner." Je veux avoir l'esprit tout à elle.

16h00. Nous dormons tous à poings fermés, sans doute assommés par nos estomacs trop pleins.

18h30. J'ai peur que l'église ne soit fermée. Mais pourquoi n'y suis-je pas allée avant ?! Qu'avais-je de plus important à faire aujourd'hui, franchement ???

18h45. Je pars à pied sous la pluie en direction de la petite église d'Agon. J'ai pris à la volée un parapluie qui se vante : "Je vote pour la démocratie, je vote Bongo". Je me demande qui est Bongo, j'espère que je ne fais pas la promo d'un dictateur. Ça ferait bon effet devant l'église tiens... Puis je me marre intérieurement en me demandant ce que ça peut bien me foutre en de pareilles circonstances.

18h55. Deux petites vieilles qui ragotent entrent dans l'église. Ouf ! Elle n'est pas fermée. Merci mon Dieu ! Ça va, je plaisante.
Loin d'être fermée, elle annonce même le début imminent de la messe par un tintement de cloches. J'engueule ma mère intérieurement. C'est pas drôle, merde!, tu sais que j'ai décidé d'arrêter ces conneries. Bon, ça va, ça va, je reste. Et j'arrête les grossièretés, ok.

19h. L'église est pleine. Pleine de vieillards. Le christianisme est mal barré.

19h10. Je manque de m’étouffer en essayant de chanter avec les autres "Gloire à Dieu, toi qui fait la justice sur la terre" ou un truc du genre.

19h15. "Dieu est être de pardon". Ouai. Bah tant mieux pour toi parce que franchement moi je l'ai encore en travers. Si t'existes j'ai deux mots à te dire : d'une part t'es un sacré égoïste de l'avoir rappelée si vite auprès de toi. D'autre part t'es un putain de sadique. Parce que je l'ai vue souffrir. J'ai vu comme elle a eu mal. J'ai vu comme son corps s'est déformé...
Et voilà je pleure, fait chier.

19h59. Cela fait près de 45 minutes que je pleure, je n'arrive plus à m'arrêter. Je comprends si bien en cet instant l'importance des lieux de culte. Quoi que j'en dise, j'avais besoin de cette petite heure au cœur d'une église. Les chants, la solidarité qui y règne, la spiritualité... l'atmosphère générale -malgré mon peu de conviction- apaise mon affliction.

20h01. "Je, suis, sortie". J'articule difficilement. A l'autre bout du combiné, K. répond instantanément : "bouge pas ma C., j'arrive. On va se boire un bon verre de blanc en ville." Qu'est-ce que j'aime mes amis.


Photo de la très talentueuse Charlotte Abramow

Souvenirs en vrac.
Quand nous étions petites ma sœur et moi, nous courrions à la descente de la voiture et nous mettions en boule devant l'entrée, les mains en pointe. Ma mère arrivait et disait "Oh ! Mais j'ai deux petites souris devant l'entrée ?!" et elle nous caressait le dos jusqu'à ce qu'on éclate de rire. Tous les matins, nous allions dans son grand lit pour le "doydoyage obligatoire" : un gros câlin chacune.  
Nous habitions dans un petit village isolé, loin de notre école, mais elle détestait nous laisser manger à la cantine le midi, elle voulait nous voir et nous cuisiner des plats sains, et n'hésitait pas à faire de longs trajets pour venir nous chercher. Pourtant, elle détestait cuisiner et brûlait souvent les plats ! Nous nous en amusions beaucoup.
Quand nous rentrions de l'école, nous nous battions ma sœur et moi pour lui raconter notre journée en premier. Plus tard, je gardais l'habitude de lui demander son avis sur tous les sujets.
Elle adorait aussi nous habiller en jolies robes à fleur Jacadi. Nous étions ses petites poupées. Mais comme nous grandissions trop vite et que ces robes étaient onéreuses, elle les prenait souvent deux tailles trop grandes pour que cela nous dure plus longtemps !
Pour ses enfants, elle avait un tempérament de louve. Elle était prête à tout décrocher pour nous, se bâtait comme une lionne et époustouflait notre entourage par son pouvoir de persuasion lorsqu'il s'agissait de notre avenir ou de notre bien être. D'une manière générale, elle pensait toujours aux autres avant elle-même.
C'était une femme très élégante dans sa posture et son attitude, notamment à table. Je ne l'ai jamais vue avachie ou négligée. Elle avait toujours les pieds parfaitement propres, la peau douce, une grâce incroyable. Elle n'aimait pas le laisser aller. Elle employait un vocabulaire soutenu mais restait accessible malgré tout et les gens s'attachaient très vite à elle. Elle avait une subtilité, une intelligence fine et une compréhension des autres hors du commun. 
Ce qui est étonnant, c'est qu'elle dépensait très peu pour sa toilette. Je me souviens les après-midis à la conseiller sur les tenues qu'elle chinait chez les enseignes bas de gamme ou sur les marchés. Elle aimait d'ailleurs beaucoup les marchés et rapportait souvent des tas de choses inutiles qu'elle obtenait à bas prix. Des lustres notamment, elle adorait ça. Mon père prenait un air mi-blasé, mi-amusé : "quelles merdouilles as-tu encore achetées ?"
Lorsque nous partions en voyage, nous avions toujours droit à une crise d'hystérie de sa part lors du remplissage des valises. C'était si systématique que nous attendions ses hurlements avant chaque départ, comme pour lancer les vacances. Je crois qu'elle était à la fois stressée à l'idée d'oublier quelque chose et agacée par l'excessive décontraction de mon père qui la laissait gérer presque seule les préparatifs. 
En vacances en Corse, elle écoutait en boucle Thomas Fersen qu'elle avait interviewé pour le Dauphiné Libéré et qu'elle trouvait hautement séduisant. Nous ne pouvions plus le supporter ! Puis un jour, elle s'en est lassée...
Lorsqu'elle était fatiguée l'après-midi, elle avait pour habitude de faire un sieste sur le canapé et nous demandait de venir la "momifier", ce qui signifiait la saucissonner dans la couverture pour ne pas laisser de trous d'air. Elle détestait les courants-d'air.
Pendant mon adolescence, j'ai parfois mis son tempérament Corse explosif à rude épreuve et je me souviens m'être pris quelques claques, coups de torchon ou verres d'eau à la figure. Je courais dans ma chambre en claquant la porte et le lendemain matin nous nous tombions dans les bras et nous enlacions très fort.
J'ai toujours eu un lien très étroit avec ma mère, j'abhorrais ses déprimes hivernales, ses doutes, sa solitude... Elle était la seule à ne pas voir à quel point elle était unique, exceptionnelle et fantastique. Je crois que malgré son attachement et son amour, mon père n'a jamais vraiment réussi à la sécuriser, la rassurer. Il l'a emmenée partout -elle qui n'était pas une grande sportive l'a suivi au sommet du Mont Blanc- ils ont énormément voyagé ensemble et avec nous, il a financé ses études d'ostéopathie lorsqu'elle a voulu tout recommencer... Et pourtant je crois qu'elle a toujours douté d'elle-même.
C'est fou de douter de soi à s'en rendre malheureuse quand on a tout ! Elle était sublime avec ses grands yeux verts clairs et son corps féminin, elle faisait rire tout le monde aux dîners et soirées, elle pétillait d'intelligence, elle marquait tous ceux qu'elle croisait.
Elle était le centre de mon univers et dans le fond je voulais tout faire pour la rendre heureuse, sans y parvenir jamais parce qu'elle ne supportait pas que moi, son petit oisillon, je me "sacrifie" pour elle. Aucun sacrifice de ma part, je la suivais partout parce que j'avais l'envie et le besoin d'être avec elle. J'étais là lors de ses premières crises d'épilepsie et tant d'autres après, je l'ai aidée pour les déménagements, les courses... Comme elle a toujours veillé sur mes frères et sœurs et moi avec la plus grande affection, je veillais sur elle.
Son rire, sa façon d'écouter, son sale caractère, sa sensibilité, ses câlins, ses opinions, ses valeurs, son regard... Tout cela me manque incroyablement. Ma mère était une personne admirable, comme il en existe très peu.

Ainsi, avec tous les merveilleux souvenirs que je garde de ma mère, cette femme incroyable, je haïrai pour toujours ce triste 27 juillet.




jeudi 25 juillet 2013

Mes bonnes adresses et mes bons plans à Bologne, Italie


C'est avec un énorme pincement au cœur que je quitte à présent la merveilleuse ville de Bologne pour retrouver Paris. Les 5 derniers mois ont filé à une vitesse ahurissante malgré la douceur des jours bolognais ; J'espère y retourner très bientôt !

En attendant, j'aimerais vous livrer ici mes plus belles découvertes et mes adresses préférées. Qui sait, peut-être serez-vous tentés par un petit bol d'air en Italie ? Je les ai toutes testées avec des amis, et ce sont de véritables coup de cœur. J'espère que vous viendrez en allonger la liste avec les vôtres !



Le meilleur conseil que je puisse vous donner est tout d'abord de vous procurer la Map for young travellers made by locals, à l'office du tourisme, Piazza Maggiore. Elle est gratuite et truffée de super bons plans. (Actuellement en cours de réimpression mais devrait être à nouveau disponible rapidement)





Cafés / Bars / Bars à vin : *********************************************************

- Mon préféré : CAMERA A SUD, Via Valdonica. (lun-sam 12h-1h, dim 17h-1h)
Café-bar à vin qui fait également restaurant le soir. J'y ai passé de longues après-midi à réviser mes cours, à discuter avec des copines où à lire ! Une décoration vintage très recherchée, de bonnes idées, une ambiance apaisante, des livres et des bouteilles de vin un peu partout. Avec le thé sont servis de délicieux petits biscuits fait maison, les jus de fruits sont bien frais, les vins de bonne qualité. Incontournable !




- Le plus authentique : OSTERIA DEL SOLE, Via Vicolo Ranocchie. (lun-sam 10h30-21h30)
Bar à vin. Dans cette taverne très ancienne (elle date de 1465!) au décor rustique, on peut déguster de bons verres de vin pour 2 euros (bouteilles 10-15 euros). C'est une adresse très prisée des italiens parce que l'atmosphère est unique, on a l'impression de remonter le temps ! Si vous ne savez pas quel vin choisir, j'ai adoré le pignoletto -vin blanc pétillant très rafraîchissant- mais vous pouvez aussi demander conseil au jeune tavernier, extrêmement sympathique. Ah! Et si vous avez faim, apportez tout simplement votre repas !

- Le moins cher : LA SCUDERIA, Piazza Verdi.
Café-Bar. Ce café se trouve sur la place la plus étudiante de Bologne, la piazza Verdi. Il est logé dans d'anciennes écuries et dispose donc de hauts plafonds en forme d'arcades, impressionnant. Le café est à 70ct, mais vous pouvez aussi tenter la longue liste des cappuccinos préparés amoureusement par le jeune serveur.

- Le plus Jazzy : MAURIZIO, Via Guerrazzi. (fermé dim)
C'est un tout petit bar très chargé, avec une ambiance étudiante super sympa. Les soirs de concert (jazz bien sûr!) c'est noir de monde et comme l'espace est restreint le bar déborde sur la rue. Le spritz est à 2,5 euros, servi avec une assiette de chips !




- Les meilleurs shots : PICCOLO&SUBLIME, Piazza Verdi.
Bar. Ici, le décor sans charme ne compte pas : le bar est toujours plein, les shots sont réputés les meilleurs de la ville. Si vous motivez un peu le barman (Sei un artista!!), il vous offre un show inoubliable : fumée, feu, étincelles, drapeau italien... Vous ne serez pas déçus !! Alors faites comme les italiens, préférez faire la queue un peu plus longtemps pour être servis par le showman du bar qui vous en mettra plein la vue et vous saluera par son mythique "be good, I'm watching you!". 2,5 euros le shot, 5 euros les 3.



- Le plus girly :  FRAM CAFE, Via Rialto. (lun-ven 8h-21h, fermé le weekend)
Café. Changement d'ambiance avec ce petit café très mignon à l'atmosphère cosy et féminine. Tout y est pastel et extrêmement charmant. Les serveuses tatouées sont absolument adorables, et la vieille dame qui fait les tartes maison vous rappelle votre grand-mère. Tout est beau, bon et bio ! 4 euros la part de tarte salée faite maison, 3,5 euros le jus de fruit bio.



- Pour une bonne bière : THE CLURICAUNE IRISH PUB, Via Zamboni.
Irish Pub. Il existe plusieurs pub irlandais à Bologne mais celui-ci est sans aucun doute mon préféré. Le décor est poussé à l'extrême, on s'y croirait ! Et le sous-sol, qui fait office de salle fumeur, ressemble à une grotte poussiéreuse aux murs orangers, j'adore !



- Pour un cocktail très spécial... : MOMUS CAFE, Piazza San Martino.
Bar. Sam, le barman sans âge complètement perché de ce bar en a fait la réputation à lui tout seul ! Surtout ne manquez pas d'aller discuter avec lui sinon vous passerez à côté de tout l'intérêt du bar. Et à boire : vous devez absolument tester le Magic Sam ! C'est un mélange de je ne sais combien d'alcool très bien camouflés par un peu de sirop de citron et de fraise (enfin je crois), le tout pour 5e, soit le meilleur rapport alcoolémie/prix de la ville. Hum.

- Pour un café ou un apéro romantique : OPERA CAFFE E TULIPANI, Via Alessandrini.
Café-Bar. La déco très coquette de ce café mais surtout ses quelques places au bord du canal (eh oui! Bologne en a un aussi !) en font un endroit privilégié pour les amoureux. Si vous rêvez d'un moment romantique, vérifiez quand même qu'il y ait de l'eau dans le canal avant de réserver (c'est nettement moins charmant à vide !).

- Les plus bobo : LE MOUSTACHE Via Mascarella / AGUA CAFE, Via Saragozza 63b.
Bar-Restaurant. Ces deux lieux vont de paire selon moi car ils ont tous deux le même esprit un peu hipster, un peu bobo. Les meubles recyclés donnent une ambiance branchée, en parfaite harmonie avec les serveurs et serveuses tatoués aux profils de mannequins. C'est un peu plus cher donc un peu moins étudiant mais réputé pour être délicieux. Pour ma part je n'ai pu goûter que leurs shots et leur spritz, et c'était chouette !

- Pour une ambiance berlinoise : MODO INFOSHOP, Via Mascarella.
Bar-Librairie. Un bar et une librairie collés c'est assez inhabituel ! Si vous avez une âme d'artiste je pense que ce bar vous plaira ! La musique est souvent electro-lounge, le décor a un côté industriel réhabilité minimaliste qui met en lumière les œuvres exposées. Goûtez leur cocktail Amaretto, il est délicieux.

- Le plus chic : BIAVATI, Piazza di Porta Saragozza.
Café-restaurant. J'ai tout de suite eu un coup de cœur à la vue de l'entrée de ce très beau restaurant et j'ai attendu une occasion particulière (mon anniversaire !) pour enfin aller y siroter un cocktail en terrasse. Et quelle terrasse ! Située dans une cour magnifique, pleine de verdure et de lampions, l'atmosphère est idyllique. Bien sûr, ce n'est pas donné comparé au reste de Bologne, mais quel plaisir ! Cocktail 8 euros.



- Ceux que j'aurais voulu tester... : 
*LE STANZE, via Borgo di San Pietro. Je suis passée un nombre incalculable de fois devant en me disant "woaw! quel décor !". Logé dans ce qui ressemble à une ancienne église, ce bar a l'air extrêmement chic et j'ai attendu une occasion spéciale pour y entrer qui n'est pas venue. Si vous y êtes allés, dites-moi ce que vous en pensez !
*SARAGOZA 145, via Saragozza. Au départ ce bar était toujours vide puis il a commencé à se remplir sous mes yeux et n'a plus désempli. Cadre chic, ambiance classe, j'aurais bien aimé goûter leur brunch du dimanche matin. Si vous y allez dites-moi si c'est sympa !
*CAFFE OLE, via Mascarella 118e. Il parait que la gérante est un mythe de gentillesse et d'histoires captivantes à Bologne. Et c'est un lieu qui ferme à 3h du matin ce qui est bien trop rare ici. Votre avis ?







Aperitivos : *********************************************************************
Attention : certains des bars mentionnés plus haut proposent aussi l'aperitivo mais ne l'ayant pas testé je ne peux en parler.



- Mon préféré : MACONDO, Via del Pratello.
Ce bar est absolument f-a-n-t-a-s-t-i-q-u-e. L'ambiance est super chaleureuse, la nourriture est à la fois simple et délicieuse, les serveurs et le cuisinier sont adorables, et tous les soirs hors été il y a un concert live à partir de 21h. L'aperitivo est ouvert de 19h à 21h et coûte 2 euros. N'hésitez pas à vous lever et vous resservir, c'est à volonté et le cuisinier apporte souvent de nouveaux plats. Le spritz est à 3,5 euros et les cocktails de la maison sont le Femme Fatale et le Hugo Spritz. Je n'aime pas trop le premier mais j'adore le second !





- Le plus fourni, à faire le lundi : L'EMPIRE, Via Zamboni près de Piazza Verdi.
Bar. Encore un bar à l'ambiance un peu irlandaise mais son succès vient cette fois de son aperitivo. Très fourni et très bon, vous serez rassasiés pour pas cher ! Je vous conseille vivement d'y aller le lundi soir parce que c'est le soir du concert live et l'ambiance est alors super chouette.

- Le moins cher : ALTO TASSO, Piazza San Francesco.
Bar. L'aperitivo est peu fourni, mais il est gratuit ! Et le spritz coûte seulement 2,5 euros. Ce que j'aime particulièrement dans ce bar c'est qu'il expose chaque mois des artistes différents et donc change de visage en même temps que d’œuvres d'art. Et aussi, quand il est trop plein, on en profite pour aller s'asseoir avec son verre sur la place San Francesco, plutôt agréable !

- Un peu plus chic : CABBALA CAFE, Strada Maggiore 10.
Bar. Cet aperitivo est plus raffiné que les précédents et donc légèrement plus onéreux (compter environ 8 euros avec une boisson). Le cadre classique mais chic est plaisant, les cocktails sont bons et l'aperitivo également.




samedi 25 mai 2013

La médication londonienne





Le fantastique de l'ERASMUS, la magie de l'échange international, c'est d'être amené à rencontrer chaque soir des étudiants du monde entier, avec une philosophie de vie si radicalement opposée à la nôtre. Bon aller, balançons-le carrément : avec une vision du monde mille fois plus optimiste que celle des jeunes français. Nous sommes réputés pour être râleurs, en fait nous sommes désabusés. Presque dépressifs.

Impossible de s'ennuyer lorsqu'on fait la connaissance de tous ces gens venus de pays que nous connaissons si mal. Ils livrent leurs espoirs, leurs rêves, leur vision du futur sans jamais parler ni de crise ni de terrible situation financière. Certains sont tchèques, d'autres lituaniens ou monténégrins, des croates, des turcs, des polonais... autant d'univers à découvrir, un arc-en-ciel d'idées.

Cette fois était assez différente. J'ai partagé une riante soirée avec des filles d'une ville que je connais un peu et que j'affectionne par-dessus tout : London.
Après un moral plus que fluctuant ces derniers jours, c'était exactement ce dont j'avais besoin !
Les anglaises sont drôles et décomplexées. Elles sont piquantes, pétillantes et libres. J'adore l'ambiance qui règne à Londres et j'aime énormément l'atmosphère festive et joyeuse que les londoniennes instaurent à chacune de leur virées. Si elles sont tristes, elles racontent leur mésaventures avec un humour dévastateur. Lorsqu'elles sont gaies, elles le montrent à coup d'excès d'alcool, de rires bruyant et de talons hauts.
Londres est définitivement la seule ville où la grisaille et la pluie n'ont absolument aucune emprise sur mon humeur. Je trouve merveilleux les contrastes des taches rouges au milieu du ciel gris.
Et puis la mode... Aaarg!!! A quand Top Shop et Primark à Paris ? Et surtout : à quand un peu de fantaisie londonienne dans les tenues parisiennes !!?

Ce soir, les londoniennes ont eu raison de la petite française et de ses nœuds dans les pieds. Elles m'ont donné envie de hurler "Tonight I'm youuung !!" et de rejeter un œil aux photos prises il y a déjà trop longtemps dans leur ville follement vivante. Enjoy !


 

Certaines photos se sont mises à l'envers et désordonnées, londoniennes jusqu'au bout !

vendredi 24 mai 2013

Et toutes ces questions qui restent...


T'aurais eu 50 ans.
50 P****N ! Tu aurais compté tes rides face au grand miroir juge de la salle de bain et tu aurais soufflé "ça y est, je suis vieille". J'aurais pouffé, je t'aurais enlacée et surement répliqué "quelle jolie vieille peau tu fais".
Je voulais voir ça ! Tes lèvres s'approchant d'un cinq et d'un zéro enflammés. 
Mais, belle égoïste, c'est pour moi que je pleure encore. Pour tous ces conseils que tu ne me donneras plus, ces questions auxquelles tu ne répondras pas et tous ces grands moments de la vie qu'on ne vivra jamais ensemble. 
Je me voyais te présenter quelqu'un, un jour. J'imaginais tes sublimes yeux verts transpercer l'âme du jeune homme pour me donner ensuite ton implacable opinion. Je me figurais t'appelant lorsque mon ventre s'arrondirait. J'attendais les prochaines coupes de champagne aux fraises lors de nos futures mélancolies... 
Je me sens totalement dépourvue face à la vie maman, et plus encore depuis que je t'ai perdue.
Je suis toujours bouffée par les mêmes démons : le manque de confiance en moi, la procrastination, et maintenant la solitude... Je n'ai plus d'énergie. Ce n'est qu'une autre de ces vagues, mais voilà, tu n'es plus là pour me mettre une grande claque et me prendre dans tes bras. 
En ce moment, je me sens totalement nulle, inutile, je n'ai plus d'optimisme, je ne sais plus profiter de ma chance, je ne me trouve plus de qualités, je régresse, je n'arrive même plus à m'exprimer, je ne vaux plus rien. 
Bref, t'auras jamais 50 ans et ça me déprime.



mercredi 24 avril 2013

De l'Art d'être une parfaite rebound girl


Si ce texte était le scénario d'une série américaine débile, la voix off dirait certainement : "some girls are real girlfriend material, some girls are just rebound girl material. I might be in the second category."



La rebound girl se laisse séduire lors d'une soirée trop alcoolisée par le charme énigmatique de cet américain rencontré opportunément, alors qu'elle essayait peut-être d'échapper à d'autres bras inconnus. Rapidement ce sont ses bras à lui qui enserrent son accueillante taille, puis ses mots, prononcés dans un demi-sourire.
Elle sait bien qu'il utilise probablement chaque soir les mêmes phrases avec les mêmes filles pour avancer vers les mêmes artificieux desseins... Mais l'alcool ou la solitude brouillent ses jugements et elle rit. Elle se demande depuis combien de temps la sincérité avait abandonné ses éclats.
Sans vraiment comprendre, la voilà à l'arrière d'un taxi. Les rues résidentielles endormies de Pékin filent sous son regard embué par l'alcool. Elle pose la tête sur ses genoux et tend l'oreille à ses confidences. Peut-être est-ce la douceur de son regard à elle qui attire inévitablement l'abandon de ses interlocuteurs... Ou sa façon d'écouter.
Il l'a rencontrée il y a des années. Il y a près de cinq ans qu'elle l'a quitté, il l'aime encore et ça le rend fou.
La rebound girl a le cœur qui se serre. Elle voudrait quitter ce taxi et s'enfuir mais elle tente plutôt de négocier avec elle-même. Profite de l'instant avec détachement ! Laisse un soir, un seul, tes ennuyeuses élucubrations et ta déraisonnable fierté ! D'ailleurs, depuis toujours, la jalousie est un sentiment qu'elle trouve bas, avilissant, écœurant. Alors elle décide de s'oublier pour une nuit.
Mais sur un malentendu, une étourderie au moment du départ, un lapsus, une erreur vraiment, la nuit devient des nuits, la semaine se transforme en mois, et la rebound girl s'embourbe autant qu'elle peut dans un déni qui l'épuise.
Plus tard, il lui montrera la photo d'une américaine vulgaire, aux traits presque laids mais au corps sans défauts, et voilà, elle souffrira tout à fait. Elle aura l'impression d'aimer parce qu'elle sera malheureuse.

La rebound girl n'a jamais assez confiance en elle pour partir, elle n'est jamais assez patiente pour attendre paisiblement l'évolution de son statut. Elle s'abîme, se dégoûte, pour finir par douter de chaque instant vécu, même les plus doux.

VARIANTE

La rebound girl se laisse séduire lors d'une soirée trop alcoolisée par le charme abrupt de cet italien rencontré inopportunément, alors qu'elle passait une paisible soirée dans son bar préféré.
Elle voit bien qu'ils n'ont rien en commun. Mais l'alcool ou la gentillesse du jeune homme brouillent ses jugements et elle l'embrasse. Elle se demande depuis combien de temps l'envie avait quitté ses baisers.
Elle le retrouve quelques jours plus tard, sans grand enthousiasme d'abord. Puis à nouveau. Puis encore. Puis elle s'attache juste assez pour accepter de passer la nuit contre lui.
Elle pose la tête sur son torse et tend l'oreille à ses confidences. Peut-être est-ce la douceur de son regard à elle qui attire inévitablement l'abandon de ses interlocuteurs... Ou sa façon d'écouter.
Il fait défiler sa vie sur son smartphone et passe, gêné, les photos de cette fille dénudée, au visage quelconque et au corps parfait. Elle l'a quitté en octobre, après trois ans, il en est encore malheureux.
La rebound girl se cache sous les draps. Maladroitement, le gentil italien tente de la rassurer. "She's stupid. To have this body she threw up after eating... Can you imagine that ?? Stupid!!!"
La rebound girl éprouve une pointe de honte, une pointe de compassion, étouffe ce sentiment de jalousie qu'elle ne saurait souffrir, et tente de s'endormir quand ses songes répètent en boucle : danger, danger, danger.
Elle sait qu'elle devrait fuir et plus elle le sait, plus elle s'attache.
Plus tard, il lui dira qu'il faut qu'elle le comprenne, qu'il sort d'une histoire longue et douloureuse et qu'il ne peut rien envisager de sérieux avec elle. Et voilà, elle se trouvera bien idiote et souffrira enfin tout à fait.

La rebound girl n'a jamais assez confiance en elle pour partir, elle n'est jamais assez patiente pour attendre paisiblement l'évolution de son statut. Elle s'abîme, se dégoûte, pour finir par douter de chaque instant vécu, même les plus doux.


                                                                       Capture d'écran du film Gone with the wind, Victor Fleming, 1939, avec Vivien Leigh


L'une de mes meilleures amies, qui étudie la neuropsychologie à Paris Descartes, m'a toujours dit : les erreurs se suivent et se ressemblent. Depuis, je m'attache à en faire la démonstration chaque jour qui passe.