mercredi 30 octobre 2013

Stagiaire à Pékin - Chapitre 1 : Stupéfaction

Il y a deux ans de cela, je me rendais à Pékin pour un stage de 6 mois au sein d'un grand groupe hôtelier. Voici le récit et les clichés de cette étrange aventure.




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Chapitre 1 : Stupéfaction



                  Je sors de terre et pose un premier pied sur Pékin. 
  
                  Face à moi l'immensité d'un hôtel infini. Grande tour de verre sombre qui sera mon lieu de travail, mon espace de vie, ma maison durant six mois. 

                  On me fait patienter dans un hall faussement luxueux. Une heure plus tard, j'entre flageolante dans le bureau de Monsieur S., directeur du complexe hôtelier. 
"Bienvenue mademoiselle. Prenez place". Il ne vient pas de mon pays mais nous parlons la même langue. Cela aurait pu me rassurer si le charisme de l'homme et son ton sec ne rendaient pas le fossé, qui nous séparait alors, parfaitement infranchissable. Visage plein, chaussures vernies et gros cigares. L'air d'un homme face à qui tout le monde file droit. 
"Sachez une chose mademoiselle... Je vois tout et je sais TOUT ce qu'il se passe dans cet hôtel. Il y a des caméras dans tous les couloirs et je surveille les moindres faits et gestes de mes stagiaires. Il est interdit de fricoter entre stagiaires, et vous n'êtes pas autorisée à inviter qui que ce soit le soir dans votre chambre, particulièrement des hommes. Sur ce, bon weekend, vous commencez lundi." 
...Choc. 
J'étais à la fois outrée et terrorisée par le discours de Monsieur BigBrother. Mais, étrangement, la première chose à laquelle je pensai alors n'était pas : "Comment ose-t-il attenter à ma vie privée de la sorte ?" mais bien : "Mais enfin, pour qui me prend-il ??". Naïve petite stagiaire que j'incarnais encore, mais pour combien de temps...


Mon premier ami chinois, fan inconditionnel de Rihanna


                  Je décide donc de profiter de mes quelques journées de repos pour visiter la ville. 
Premier constat : Pékin l'été est chaude et suffocante. La pollution et la lourdeur de l'air brûlant gênent la visibilité. Je me traine difficilement sous les 40° d'un soleil invisible. 
Je découvre la rigueur communiste de la place Tian'anmen, comme son lourd et effrayant passé. Je pense aux étudiants de mon âge massacrés là, l'année de ma naissance. Le portrait de Mao trône fièrement aux portes de la Cité Interdite. 
C'est alors qu'un jeune chinois d'à peine 17 ans vient interrompre ma divagation. Il s'adresse à moi dans un anglais incertain et me sourit largement. Si j'avais lu les recommandations de l'ambassade de France, je ne l'aurais pas suivi à travers la ville. Je n'aurais pas su qu'il existait des fans de Rihanna à l'autre bout du monde et qu'on pouvait manger des assiettes gigantesques de riz et de mets indéterminés pour 10 kuai seulement, 1 euro, en sous-sol des grands magasins. 

Entrée de la cité interdite, en plein mois d'Août


                  Lors de mes virées quotidiennes à l'assaut de la ville, je suis surprise par les multitudes d’expressions sur les visages des chinois. Sans trop savoir pourquoi, j’imaginais une population discrète, réservée, travailleuse, comme une grande fourmilière. Je me trouve alors étonnée par l’individualité de chacun, leurs nombreux éclats de rire et leurs discussions mouvementées. D’ailleurs si les discussions sont longues et fortes, elles ne sont pas forcément houleuses. Quel que soit le sujet, les chinois conversent à un niveau sonore soutenu, peut-être imposé par le surpeuplement qui pèse sur la ville. En effet, il y a du monde partout, tout le temps. Je me noie dans les marées qui s'affrontent à l'entrée des métros. La politesse à l'européenne n'est pas de mise, on fonce dans le tas ! Etrangement, les alentours de l’hôtel sont peut-être les seuls endroits calmes de la ville. 

                  Plutôt que curieux, les chinois me semblent intéressés par les nouveaux contacts. Le "réseau" est aussi primordial ici que dans les grandes écoles de commerce françaises... Chacun sa petite carte, qu'on échange respectueusement. 
Que je les croise dans les couloirs de l'hôtel ou dans la rue, ils sont presque toujours aidants et souriants. Ils me couvrent d'attentions et de sucreries. Ainsi, malgré mon incapacité linguistique, je ne rencontre aucune difficulté lors de mes déplacements ou de mes visites, étant toujours soutenue par un chinois intrigué. 


Promenades enchantées - Premiers jours à Pékin


                 
 Puis, peu à peu, l'insouciance de ces flâneries laisse place à l'angoisse de l'imminence du premier jour de travail dans cet univers inconnu, qui devrait changer à jamais mes croyances sur le monde... (Sacré phrase cliché que je vous sers là mais bon, faut bien que je tente de vous tenir -un tout petit peu- en haleine dans ce long voyage ! ;))







dimanche 27 octobre 2013

Stagiaire à Pékin - Introduction : L'arrivée

Cela fait presque un an que j'essaye de trouver le moyen de vous parler de la Chine. 

Le sujet est si vaste et ma vision si étroite que j'ose à peine vous livrer mon expérience. Je ne sais rien de la Chine, si ce n'est que j'y ai vécu et travaillé durant six mois.  De longues et éprouvantes semaines qui, en un sens, ont bouleversé ma vie. 
C'est là-bas que j'ai rencontré l'homme qui m'a encouragée à écrire. Il était directeur d'une école à Shanghai et affirmait qu'il était primordial de partager son apprentissage et son ressenti, toujours, même ceux qui nous paraissent les plus insignifiants. Dévoiler ses impressions naïves, c'est déjà permettre un échange et s'offrir une chance d'évoluer.

Alors c'est sans doute trop tard pour le dire mais, il y a deux ans de cela, je me rendais à Pékin pour un stage de 6 mois au sein d'un grand groupe hôtelier. Et -si vous êtes prêts à embarquer avec moi- je vais vous raconter cette aventure, avant qu'elle ne perde tout à fait son sens...



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Introduction : L'arrivée


Le survol de Pékin donne le vertige. Un vaste chantier de tours, toutes plus hautes les unes que les autres, à perte de vue, en quadrillage parfait. On est loin du déploiement organique de nos villes, dont la densité parait soudain ridicule.
J'atterris dans un aéroport d'une immensité et d'une propreté affolantes. L'air y est plus humide qu'à Paris. Perdue, je reste interdite face à ce spectacle de supériorité qu'offre la Chine à l'étranger qui débarque. "Like that since the Olympic Games..." me souffle mon nouvel ami chinois, rencontré dans l'avion.




Face à mon désarroi, il me propose tout naturellement de m'accompagner jusqu'à l'adresse chiffonnée que je lui tends. Extrêmement surprise mais soulagée, j'accepte sans trop d'hésitations. Ainsi, nous nous engouffrons tous deux dans l'angoissant petit train perché sur un pont qui devra nous conduire jusqu'à l'infinité de la ville.





mercredi 31 juillet 2013

Il y a de ces jours qu'on n'aimera jamais plus...

 Source : inconnue


9h36. Je suis en Normandie, au bord de la mer, avec un couple d'amis. Un rayon filtre à travers les stores mal fermés, j'ouvre les yeux. Mon humeur est maussade. Je décide de ne pas y prêter tout de suite attention, je préfère rester dans le flou, juste encore un peu...

10h40. Alors que nous prenons un petit déjeuner tardif, L. arbore un demi-sourire. "Pfff, ma mère ! Elle m'envoie des photos de chaises de jardin, j'en recherche pour mon appart'. Vous en pensez quoi de celle-là ?" K. se penche vers le smartphone et se moque gentiment de la demi douzaine de photos de chaises en bois presque identiques. Je sens cette saleté d'envie poindre, prendre ses aises et contaminer tout mon corps. Quelle connerie la jalousie... Eh merde. Moi aussi j'aimerais que ma mère m'envoie des photos de chaises en bois. Même moches, même en plastoc' ça m'irait. 

K : "Ça va C.?"
C : "...Ça fait un an. Aujourd'hui." Le regard dans le vague, je me parle à moi-même. Je n'ai pas pu tenir plus longtemps, je dévoile l'ombre sournoise.
K : "Ah... C'est vrai. C'était juste avant mon voyage à Bali." Si ce n'était pas de la mort de ma mère qu'il s'agissait, j'aurais peut-être souri face à la naïveté de cette remarque.
C : "Excusez-moi, il faut que j'appelle ma tante." 

10h55. Après quelques tergiversations, nous en venons enfin aux faits. "J'ai publié un extrait du texte que nous avions choisi pour l'enterrement dans le Corse Matin..." me dit ma tante. "Il était bien ce texte. On doit continuer à vivre comme si elle était parmi nous et l'intégrer à nos rires par tous les souvenirs joyeux que nous avons d'elle. Elle est bien là, encore présente, dans nos cœurs et dans nos têtes, et elle veut notre bonheur, il faut parler d'elle encore et encore". 

Mais quoi qu'on en dise, la douloureuse absence d'un être cher détruit tout un équilibre, une famille. On a tous peur. Mon père essaye-t-il encore de maintenir l'unité qu'elle seule, par son amour et sa sensibilité, créait au sein de notre cocon ? Et mon frère, si taciturne à ce propos, que ressent-il ? Qu'éprouvent les hommes de notre quintet amputé ? Nous les sentimentales, nous les fragiles, nous angoissons. Et cette angoisse est malsaine. Car au fond, notre véritable peur c'est qu'elle soit mal aimée après sa mort. 

11h33. Idiote que je fais. Nous l'aimons tous à la folie, ma sœur  mon frère, mon père, mes tantes... et il en sera ainsi toute notre vie. 


12h02. "K., je sais qu'hier j'ai dit que je détestais Dieu, mais j'aimerais aller à l'église aujourd'hui. Je n'en suis plus à une contradiction près n'est-ce pas ? Il y a une église à Coutainville ?"


15h00. K. et L. m'ont traînée dans une sorte de dépôt-vente rempli de babioles. On dirait deux gamins à l’affût de ce que K. appelle "la perle rare", ce qui fait bien marrer L.. Je profite de leur inattention pour larmoyer discrètement, puis j'essaye de faire semblant de me prendre au jeu et ça me distrait.
K : "Tu veux qu'on te dépose à l'église au retour de la brocante ?"
C : "Non. J'ai trop faim. J'irai après le déjeuner." Je veux avoir l'esprit tout à elle.

16h00. Nous dormons tous à poings fermés, sans doute assommés par nos estomacs trop pleins.

18h30. J'ai peur que l'église ne soit fermée. Mais pourquoi n'y suis-je pas allée avant ?! Qu'avais-je de plus important à faire aujourd'hui, franchement ???

18h45. Je pars à pied sous la pluie en direction de la petite église d'Agon. J'ai pris à la volée un parapluie qui se vante : "Je vote pour la démocratie, je vote Bongo". Je me demande qui est Bongo, j'espère que je ne fais pas la promo d'un dictateur. Ça ferait bon effet devant l'église tiens... Puis je me marre intérieurement en me demandant ce que ça peut bien me foutre en de pareilles circonstances.

18h55. Deux petites vieilles qui ragotent entrent dans l'église. Ouf ! Elle n'est pas fermée. Merci mon Dieu ! Ça va, je plaisante.
Loin d'être fermée, elle annonce même le début imminent de la messe par un tintement de cloches. J'engueule ma mère intérieurement. C'est pas drôle, merde!, tu sais que j'ai décidé d'arrêter ces conneries. Bon, ça va, ça va, je reste. Et j'arrête les grossièretés, ok.

19h. L'église est pleine. Pleine de vieillards. Le christianisme est mal barré.

19h10. Je manque de m’étouffer en essayant de chanter avec les autres "Gloire à Dieu, toi qui fait la justice sur la terre" ou un truc du genre.

19h15. "Dieu est être de pardon". Ouai. Bah tant mieux pour toi parce que franchement moi je l'ai encore en travers. Si t'existes j'ai deux mots à te dire : d'une part t'es un sacré égoïste de l'avoir rappelée si vite auprès de toi. D'autre part t'es un putain de sadique. Parce que je l'ai vue souffrir. J'ai vu comme elle a eu mal. J'ai vu comme son corps s'est déformé...
Et voilà je pleure, fait chier.

19h59. Cela fait près de 45 minutes que je pleure, je n'arrive plus à m'arrêter. Je comprends si bien en cet instant l'importance des lieux de culte. Quoi que j'en dise, j'avais besoin de cette petite heure au cœur d'une église. Les chants, la solidarité qui y règne, la spiritualité... l'atmosphère générale -malgré mon peu de conviction- apaise mon affliction.

20h01. "Je, suis, sortie". J'articule difficilement. A l'autre bout du combiné, K. répond instantanément : "bouge pas ma C., j'arrive. On va se boire un bon verre de blanc en ville." Qu'est-ce que j'aime mes amis.


Photo de la très talentueuse Charlotte Abramow

Souvenirs en vrac.
Quand nous étions petites ma sœur et moi, nous courrions à la descente de la voiture et nous mettions en boule devant l'entrée, les mains en pointe. Ma mère arrivait et disait "Oh ! Mais j'ai deux petites souris devant l'entrée ?!" et elle nous caressait le dos jusqu'à ce qu'on éclate de rire. Tous les matins, nous allions dans son grand lit pour le "doydoyage obligatoire" : un gros câlin chacune.  
Nous habitions dans un petit village isolé, loin de notre école, mais elle détestait nous laisser manger à la cantine le midi, elle voulait nous voir et nous cuisiner des plats sains, et n'hésitait pas à faire de longs trajets pour venir nous chercher. Pourtant, elle détestait cuisiner et brûlait souvent les plats ! Nous nous en amusions beaucoup.
Quand nous rentrions de l'école, nous nous battions ma sœur et moi pour lui raconter notre journée en premier. Plus tard, je gardais l'habitude de lui demander son avis sur tous les sujets.
Elle adorait aussi nous habiller en jolies robes à fleur Jacadi. Nous étions ses petites poupées. Mais comme nous grandissions trop vite et que ces robes étaient onéreuses, elle les prenait souvent deux tailles trop grandes pour que cela nous dure plus longtemps !
Pour ses enfants, elle avait un tempérament de louve. Elle était prête à tout décrocher pour nous, se bâtait comme une lionne et époustouflait notre entourage par son pouvoir de persuasion lorsqu'il s'agissait de notre avenir ou de notre bien être. D'une manière générale, elle pensait toujours aux autres avant elle-même.
C'était une femme très élégante dans sa posture et son attitude, notamment à table. Je ne l'ai jamais vue avachie ou négligée. Elle avait toujours les pieds parfaitement propres, la peau douce, une grâce incroyable. Elle n'aimait pas le laisser aller. Elle employait un vocabulaire soutenu mais restait accessible malgré tout et les gens s'attachaient très vite à elle. Elle avait une subtilité, une intelligence fine et une compréhension des autres hors du commun. 
Ce qui est étonnant, c'est qu'elle dépensait très peu pour sa toilette. Je me souviens les après-midis à la conseiller sur les tenues qu'elle chinait chez les enseignes bas de gamme ou sur les marchés. Elle aimait d'ailleurs beaucoup les marchés et rapportait souvent des tas de choses inutiles qu'elle obtenait à bas prix. Des lustres notamment, elle adorait ça. Mon père prenait un air mi-blasé, mi-amusé : "quelles merdouilles as-tu encore achetées ?"
Lorsque nous partions en voyage, nous avions toujours droit à une crise d'hystérie de sa part lors du remplissage des valises. C'était si systématique que nous attendions ses hurlements avant chaque départ, comme pour lancer les vacances. Je crois qu'elle était à la fois stressée à l'idée d'oublier quelque chose et agacée par l'excessive décontraction de mon père qui la laissait gérer presque seule les préparatifs. 
En vacances en Corse, elle écoutait en boucle Thomas Fersen qu'elle avait interviewé pour le Dauphiné Libéré et qu'elle trouvait hautement séduisant. Nous ne pouvions plus le supporter ! Puis un jour, elle s'en est lassée...
Lorsqu'elle était fatiguée l'après-midi, elle avait pour habitude de faire un sieste sur le canapé et nous demandait de venir la "momifier", ce qui signifiait la saucissonner dans la couverture pour ne pas laisser de trous d'air. Elle détestait les courants-d'air.
Pendant mon adolescence, j'ai parfois mis son tempérament Corse explosif à rude épreuve et je me souviens m'être pris quelques claques, coups de torchon ou verres d'eau à la figure. Je courais dans ma chambre en claquant la porte et le lendemain matin nous nous tombions dans les bras et nous enlacions très fort.
J'ai toujours eu un lien très étroit avec ma mère, j'abhorrais ses déprimes hivernales, ses doutes, sa solitude... Elle était la seule à ne pas voir à quel point elle était unique, exceptionnelle et fantastique. Je crois que malgré son attachement et son amour, mon père n'a jamais vraiment réussi à la sécuriser, la rassurer. Il l'a emmenée partout -elle qui n'était pas une grande sportive l'a suivi au sommet du Mont Blanc- ils ont énormément voyagé ensemble et avec nous, il a financé ses études d'ostéopathie lorsqu'elle a voulu tout recommencer... Et pourtant je crois qu'elle a toujours douté d'elle-même.
C'est fou de douter de soi à s'en rendre malheureuse quand on a tout ! Elle était sublime avec ses grands yeux verts clairs et son corps féminin, elle faisait rire tout le monde aux dîners et soirées, elle pétillait d'intelligence, elle marquait tous ceux qu'elle croisait.
Elle était le centre de mon univers et dans le fond je voulais tout faire pour la rendre heureuse, sans y parvenir jamais parce qu'elle ne supportait pas que moi, son petit oisillon, je me "sacrifie" pour elle. Aucun sacrifice de ma part, je la suivais partout parce que j'avais l'envie et le besoin d'être avec elle. J'étais là lors de ses premières crises d'épilepsie et tant d'autres après, je l'ai aidée pour les déménagements, les courses... Comme elle a toujours veillé sur mes frères et sœurs et moi avec la plus grande affection, je veillais sur elle.
Son rire, sa façon d'écouter, son sale caractère, sa sensibilité, ses câlins, ses opinions, ses valeurs, son regard... Tout cela me manque incroyablement. Ma mère était une personne admirable, comme il en existe très peu.

Ainsi, avec tous les merveilleux souvenirs que je garde de ma mère, cette femme incroyable, je haïrai pour toujours ce triste 27 juillet.




jeudi 25 juillet 2013

Mes bonnes adresses et mes bons plans à Bologne, Italie


C'est avec un énorme pincement au cœur que je quitte à présent la merveilleuse ville de Bologne pour retrouver Paris. Les 5 derniers mois ont filé à une vitesse ahurissante malgré la douceur des jours bolognais ; J'espère y retourner très bientôt !

En attendant, j'aimerais vous livrer ici mes plus belles découvertes et mes adresses préférées. Qui sait, peut-être serez-vous tentés par un petit bol d'air en Italie ? Je les ai toutes testées avec des amis, et ce sont de véritables coup de cœur. J'espère que vous viendrez en allonger la liste avec les vôtres !



Le meilleur conseil que je puisse vous donner est tout d'abord de vous procurer la Map for young travellers made by locals, à l'office du tourisme, Piazza Maggiore. Elle est gratuite et truffée de super bons plans. (Actuellement en cours de réimpression mais devrait être à nouveau disponible rapidement)





Cafés / Bars / Bars à vin : *********************************************************

- Mon préféré : CAMERA A SUD, Via Valdonica. (lun-sam 12h-1h, dim 17h-1h)
Café-bar à vin qui fait également restaurant le soir. J'y ai passé de longues après-midi à réviser mes cours, à discuter avec des copines où à lire ! Une décoration vintage très recherchée, de bonnes idées, une ambiance apaisante, des livres et des bouteilles de vin un peu partout. Avec le thé sont servis de délicieux petits biscuits fait maison, les jus de fruits sont bien frais, les vins de bonne qualité. Incontournable !




- Le plus authentique : OSTERIA DEL SOLE, Via Vicolo Ranocchie. (lun-sam 10h30-21h30)
Bar à vin. Dans cette taverne très ancienne (elle date de 1465!) au décor rustique, on peut déguster de bons verres de vin pour 2 euros (bouteilles 10-15 euros). C'est une adresse très prisée des italiens parce que l'atmosphère est unique, on a l'impression de remonter le temps ! Si vous ne savez pas quel vin choisir, j'ai adoré le pignoletto -vin blanc pétillant très rafraîchissant- mais vous pouvez aussi demander conseil au jeune tavernier, extrêmement sympathique. Ah! Et si vous avez faim, apportez tout simplement votre repas !

- Le moins cher : LA SCUDERIA, Piazza Verdi.
Café-Bar. Ce café se trouve sur la place la plus étudiante de Bologne, la piazza Verdi. Il est logé dans d'anciennes écuries et dispose donc de hauts plafonds en forme d'arcades, impressionnant. Le café est à 70ct, mais vous pouvez aussi tenter la longue liste des cappuccinos préparés amoureusement par le jeune serveur.

- Le plus Jazzy : MAURIZIO, Via Guerrazzi. (fermé dim)
C'est un tout petit bar très chargé, avec une ambiance étudiante super sympa. Les soirs de concert (jazz bien sûr!) c'est noir de monde et comme l'espace est restreint le bar déborde sur la rue. Le spritz est à 2,5 euros, servi avec une assiette de chips !




- Les meilleurs shots : PICCOLO&SUBLIME, Piazza Verdi.
Bar. Ici, le décor sans charme ne compte pas : le bar est toujours plein, les shots sont réputés les meilleurs de la ville. Si vous motivez un peu le barman (Sei un artista!!), il vous offre un show inoubliable : fumée, feu, étincelles, drapeau italien... Vous ne serez pas déçus !! Alors faites comme les italiens, préférez faire la queue un peu plus longtemps pour être servis par le showman du bar qui vous en mettra plein la vue et vous saluera par son mythique "be good, I'm watching you!". 2,5 euros le shot, 5 euros les 3.



- Le plus girly :  FRAM CAFE, Via Rialto. (lun-ven 8h-21h, fermé le weekend)
Café. Changement d'ambiance avec ce petit café très mignon à l'atmosphère cosy et féminine. Tout y est pastel et extrêmement charmant. Les serveuses tatouées sont absolument adorables, et la vieille dame qui fait les tartes maison vous rappelle votre grand-mère. Tout est beau, bon et bio ! 4 euros la part de tarte salée faite maison, 3,5 euros le jus de fruit bio.



- Pour une bonne bière : THE CLURICAUNE IRISH PUB, Via Zamboni.
Irish Pub. Il existe plusieurs pub irlandais à Bologne mais celui-ci est sans aucun doute mon préféré. Le décor est poussé à l'extrême, on s'y croirait ! Et le sous-sol, qui fait office de salle fumeur, ressemble à une grotte poussiéreuse aux murs orangers, j'adore !



- Pour un cocktail très spécial... : MOMUS CAFE, Piazza San Martino.
Bar. Sam, le barman sans âge complètement perché de ce bar en a fait la réputation à lui tout seul ! Surtout ne manquez pas d'aller discuter avec lui sinon vous passerez à côté de tout l'intérêt du bar. Et à boire : vous devez absolument tester le Magic Sam ! C'est un mélange de je ne sais combien d'alcool très bien camouflés par un peu de sirop de citron et de fraise (enfin je crois), le tout pour 5e, soit le meilleur rapport alcoolémie/prix de la ville. Hum.

- Pour un café ou un apéro romantique : OPERA CAFFE E TULIPANI, Via Alessandrini.
Café-Bar. La déco très coquette de ce café mais surtout ses quelques places au bord du canal (eh oui! Bologne en a un aussi !) en font un endroit privilégié pour les amoureux. Si vous rêvez d'un moment romantique, vérifiez quand même qu'il y ait de l'eau dans le canal avant de réserver (c'est nettement moins charmant à vide !).

- Les plus bobo : LE MOUSTACHE Via Mascarella / AGUA CAFE, Via Saragozza 63b.
Bar-Restaurant. Ces deux lieux vont de paire selon moi car ils ont tous deux le même esprit un peu hipster, un peu bobo. Les meubles recyclés donnent une ambiance branchée, en parfaite harmonie avec les serveurs et serveuses tatoués aux profils de mannequins. C'est un peu plus cher donc un peu moins étudiant mais réputé pour être délicieux. Pour ma part je n'ai pu goûter que leurs shots et leur spritz, et c'était chouette !

- Pour une ambiance berlinoise : MODO INFOSHOP, Via Mascarella.
Bar-Librairie. Un bar et une librairie collés c'est assez inhabituel ! Si vous avez une âme d'artiste je pense que ce bar vous plaira ! La musique est souvent electro-lounge, le décor a un côté industriel réhabilité minimaliste qui met en lumière les œuvres exposées. Goûtez leur cocktail Amaretto, il est délicieux.

- Le plus chic : BIAVATI, Piazza di Porta Saragozza.
Café-restaurant. J'ai tout de suite eu un coup de cœur à la vue de l'entrée de ce très beau restaurant et j'ai attendu une occasion particulière (mon anniversaire !) pour enfin aller y siroter un cocktail en terrasse. Et quelle terrasse ! Située dans une cour magnifique, pleine de verdure et de lampions, l'atmosphère est idyllique. Bien sûr, ce n'est pas donné comparé au reste de Bologne, mais quel plaisir ! Cocktail 8 euros.



- Ceux que j'aurais voulu tester... : 
*LE STANZE, via Borgo di San Pietro. Je suis passée un nombre incalculable de fois devant en me disant "woaw! quel décor !". Logé dans ce qui ressemble à une ancienne église, ce bar a l'air extrêmement chic et j'ai attendu une occasion spéciale pour y entrer qui n'est pas venue. Si vous y êtes allés, dites-moi ce que vous en pensez !
*SARAGOZA 145, via Saragozza. Au départ ce bar était toujours vide puis il a commencé à se remplir sous mes yeux et n'a plus désempli. Cadre chic, ambiance classe, j'aurais bien aimé goûter leur brunch du dimanche matin. Si vous y allez dites-moi si c'est sympa !
*CAFFE OLE, via Mascarella 118e. Il parait que la gérante est un mythe de gentillesse et d'histoires captivantes à Bologne. Et c'est un lieu qui ferme à 3h du matin ce qui est bien trop rare ici. Votre avis ?







Aperitivos : *********************************************************************
Attention : certains des bars mentionnés plus haut proposent aussi l'aperitivo mais ne l'ayant pas testé je ne peux en parler.



- Mon préféré : MACONDO, Via del Pratello.
Ce bar est absolument f-a-n-t-a-s-t-i-q-u-e. L'ambiance est super chaleureuse, la nourriture est à la fois simple et délicieuse, les serveurs et le cuisinier sont adorables, et tous les soirs hors été il y a un concert live à partir de 21h. L'aperitivo est ouvert de 19h à 21h et coûte 2 euros. N'hésitez pas à vous lever et vous resservir, c'est à volonté et le cuisinier apporte souvent de nouveaux plats. Le spritz est à 3,5 euros et les cocktails de la maison sont le Femme Fatale et le Hugo Spritz. Je n'aime pas trop le premier mais j'adore le second !





- Le plus fourni, à faire le lundi : L'EMPIRE, Via Zamboni près de Piazza Verdi.
Bar. Encore un bar à l'ambiance un peu irlandaise mais son succès vient cette fois de son aperitivo. Très fourni et très bon, vous serez rassasiés pour pas cher ! Je vous conseille vivement d'y aller le lundi soir parce que c'est le soir du concert live et l'ambiance est alors super chouette.

- Le moins cher : ALTO TASSO, Piazza San Francesco.
Bar. L'aperitivo est peu fourni, mais il est gratuit ! Et le spritz coûte seulement 2,5 euros. Ce que j'aime particulièrement dans ce bar c'est qu'il expose chaque mois des artistes différents et donc change de visage en même temps que d’œuvres d'art. Et aussi, quand il est trop plein, on en profite pour aller s'asseoir avec son verre sur la place San Francesco, plutôt agréable !

- Un peu plus chic : CABBALA CAFE, Strada Maggiore 10.
Bar. Cet aperitivo est plus raffiné que les précédents et donc légèrement plus onéreux (compter environ 8 euros avec une boisson). Le cadre classique mais chic est plaisant, les cocktails sont bons et l'aperitivo également.




mercredi 29 mai 2013

≠ FAUVE

Un ami m'a fait découvrir Fauve il y a quelques mois avec ça :



Aujourd'hui ils jouent à la Flèche d'Or -preuve s'il en faut qu'ils sont chouettes- et ont sorti il y a peu leur premier EP : Blizzard.



La première écoute de leurs titres m'a procuré une sensation très étrange. Je n'arrivais pas à me décider entre trouver cela fantastique ou ridicule, génial ou déprimant. Pour le moins déroutant...

Et finalement leur singularité m'a renversée.

Il est si rare de penser lors de l'écoute d'un album : "ceci est radicalement différent". J'ai été touchée par leur naturel presque candide, leur simplicité. J'admire la façon poétique dont ils dévoilent leurs failles. Enfin, la musique qui accompagne les textes est toujours très douce, presque planante, sublime.

C'est assez éloigné de ce que j'écoute d'ordinaire mais c'est véritablement unique alors j'avais envie de partager cela avec vous au cas où vous n'en auriez pas (encore!) entendu parler. Voilà.



samedi 25 mai 2013

La médication londonienne




Le fantastique de l'ERASMUS, la magie de l'échange international, c'est d'être amené à rencontrer chaque soir des étudiants du monde entier, avec une philosophie de vie si radicalement opposée à la nôtre. Bon aller, balançons-le carrément : avec une vision du monde mille fois plus optimiste que celle des jeunes français. Nous sommes réputés pour être râleurs, en fait nous sommes désabusés. Presque dépressifs.

Impossible de s'ennuyer lorsqu'on fait la connaissance de tous ces gens venus de pays que nous connaissons si mal. Ils livrent leurs espoirs, leurs rêves, leur vision du futur sans jamais parler ni de crise ni de terrible situation financière. Certains sont tchèques, d'autres lituaniens ou monténégrins, des croates, des turcs, des polonais... autant d'univers à découvrir, un arc-en-ciel d'idées ou de sourires.

Cette fois était assez différente. J'ai partagé une riante soirée avec des filles d'une ville que je connais un peu et que j'affectionne par-dessus tout : London.
Après un moral plus que fluctuant ces derniers jours, c'était exactement ce dont j'avais besoin !
Les anglaises sont drôles et décomplexées. Elles sont piquantes, pétillantes et libres. J'adore l'ambiance qui règne à Londres et j'aime énormément l'atmosphère festive et joyeuse que les londoniennes instaurent à chacune de leur virées. Si elles sont tristes, elles racontent leur mésaventures avec un humour dévastateur. Lorsqu'elles sont gaies, elles le montrent à coup d'excès d'alcool, de rires bruyant et de talons hauts.
Londres est définitivement la seule ville où la grisaille et la pluie n'ont absolument aucune emprise sur mon humeur. Je trouve merveilleux les contrastes des taches rouges au milieu du ciel gris.
Et puis la mode... Aaarg!!! A quand Top Shop et Primark à Paris ? Et surtout : à quand un peu de fantaisie londonienne dans les tenues parisiennes !!?

Ce soir, les londoniennes ont eu raison de la petite française et de ses nœuds dans les pieds. Elles m'ont donné envie de hurler "Tonight I'm youuung !!" et de rejeter un œil aux photos prises il y a déjà trop longtemps dans leur ville follement vivante. Enjoy !


 

Certaines photos se sont mises à l'envers et désordonnées, londoniennes jusqu'au bout !

vendredi 24 mai 2013

Et toutes ces questions qui restent...


T'aurais eu 50 ans.
50 P****N ! Tu aurais compté tes rides face au grand miroir juge de la salle de bain et tu aurais soufflé "ça y est, je suis vieille". J'aurais pouffé, je t'aurais enlacée et surement répliqué "quelle jolie vieille peau tu fais".
Je voulais voir ça ! Tes lèvres s'approchant d'un cinq et d'un zéro enflammés. 
Mais, belle égoïste, c'est pour moi que je pleure encore. Pour tous ces conseils que tu ne me donneras plus, ces questions auxquelles tu ne répondras pas et tous ces grands moments de la vie qu'on ne vivra jamais ensemble. 
Je me voyais te présenter quelqu'un, un jour. J'imaginais tes sublimes yeux verts transpercer l'âme du jeune homme pour me donner ensuite ton implacable opinion. Je me figurais t'appelant lorsque mon ventre s'arrondirait. J'attendais les prochaines coupes de champagne aux fraises lors de nos futures mélancolies... 
Je me sens totalement dépourvue face à la vie maman, et plus encore depuis que je t'ai perdue.
Je suis toujours bouffée par les mêmes démons : le manque de confiance en moi, la procrastination, et maintenant la solitude... Je n'ai plus d'énergie. Ce n'est qu'une autre de ces vagues, mais voilà, tu n'es plus là pour me mettre une grande claque et me prendre dans tes bras. 
En ce moment, je me sens totalement nulle, inutile, je n'ai plus d'optimisme, je ne sais plus profiter de ma chance, je ne me trouve plus de qualités, je régresse, je n'arrive même plus à m'exprimer, je ne vaux plus rien. 
Bref, t'auras jamais 50 ans et ça me déprime.



mercredi 24 avril 2013

De l'Art d'être une parfaite rebound girl


Si ce texte était le scénario d'une série américaine débile, la voix off dirait certainement : "some girls are real girlfriend material, some girls are just rebound girl material. I might be in the second category."



La rebound girl se laisse séduire lors d'une soirée trop alcoolisée par le charme énigmatique de cet américain rencontré opportunément, alors qu'elle essayait peut-être d'échapper à d'autres bras inconnus. Rapidement ce sont ses bras à lui qui enserrent son accueillante taille, puis ses mots, prononcés dans un demi-sourire.
Elle sait bien qu'il utilise probablement chaque soir les mêmes phrases avec les mêmes filles pour avancer vers les mêmes artificieux desseins... Mais l'alcool ou la solitude brouillent ses jugements et elle rit. Elle se demande depuis combien de temps la sincérité avait abandonné ses éclats.
Sans vraiment comprendre, la voilà à l'arrière d'un taxi. Les rues résidentielles endormies de Pékin filent sous son regard embué par l'alcool. Elle pose la tête sur ses genoux et tend l'oreille à ses confidences. Peut-être est-ce la douceur de son regard à elle qui attire inévitablement l'abandon de ses interlocuteurs... Ou sa façon d'écouter.
Il l'a rencontrée il y a des années. Il y a près de cinq ans qu'elle l'a quitté, il l'aime encore et ça le rend fou.
La rebound girl a le cœur qui se serre. Elle voudrait quitter ce taxi et s'enfuir mais elle tente plutôt de négocier avec elle-même. Profite de l'instant avec détachement ! Laisse un soir, un seul, tes ennuyeuses élucubrations et ta déraisonnable fierté ! D'ailleurs, depuis toujours, la jalousie est un sentiment qu'elle trouve bas, avilissant, écœurant. Alors elle décide de s'oublier pour une nuit.
Mais sur un malentendu, une étourderie au moment du départ, un lapsus, une erreur vraiment, la nuit devient des nuits, la semaine se transforme en mois, et la rebound girl s'embourbe autant qu'elle peut dans un déni qui l'épuise.
Plus tard, il lui montrera la photo d'une américaine vulgaire, aux traits presque laids mais au corps sans défauts, et voilà, elle souffrira tout à fait. Elle aura l'impression d'aimer parce qu'elle sera malheureuse.

La rebound girl n'a jamais assez confiance en elle pour partir, elle n'est jamais assez patiente pour attendre paisiblement l'évolution de son statut. Elle s'abîme, se dégoûte, pour finir par douter de chaque instant vécu, même les plus doux.

VARIANTE

La rebound girl se laisse séduire lors d'une soirée trop alcoolisée par le charme abrupt de cet italien rencontré inopportunément, alors qu'elle passait une paisible soirée dans son bar préféré.
Elle voit bien qu'ils n'ont rien en commun. Mais l'alcool ou la gentillesse du jeune homme brouillent ses jugements et elle l'embrasse. Elle se demande depuis combien de temps l'envie avait quitté ses baisers.
Elle le retrouve quelques jours plus tard, sans grand enthousiasme d'abord. Puis à nouveau. Puis encore. Puis elle s'attache juste assez pour accepter de passer la nuit contre lui.
Elle pose la tête sur son torse et tend l'oreille à ses confidences. Peut-être est-ce la douceur de son regard à elle qui attire inévitablement l'abandon de ses interlocuteurs... Ou sa façon d'écouter.
Il fait défiler sa vie sur son smartphone et passe, gêné, les photos de cette fille dénudée, au visage quelconque et au corps parfait. Elle l'a quitté en octobre, après trois ans, il en est encore malheureux.
La rebound girl se cache sous les draps. Maladroitement, le gentil italien tente de la rassurer. "She's stupid. To have this body she threw up after eating... Can you imagine that ?? Stupid!!!"
La rebound girl éprouve une pointe de honte, une pointe de compassion, étouffe ce sentiment de jalousie qu'elle ne saurait souffrir, et tente de s'endormir quand ses songes répètent en boucle : danger, danger, danger.
Elle sait qu'elle devrait fuir et plus elle le sait, plus elle s'attache.
Plus tard, il lui dira qu'il faut qu'elle le comprenne, qu'il sort d'une histoire longue et douloureuse et qu'il ne peut rien envisager de sérieux avec elle. Et voilà, elle se trouvera bien idiote et souffrira enfin tout à fait.

La rebound girl n'a jamais assez confiance en elle pour partir, elle n'est jamais assez patiente pour attendre paisiblement l'évolution de son statut. Elle s'abîme, se dégoûte, pour finir par douter de chaque instant vécu, même les plus doux.


                                                                       Capture d'écran du film Gone with the wind, Victor Fleming, 1939, avec Vivien Leigh


L'une de mes meilleures amies, qui étudie la neuropsychologie à Paris Descartes, m'a toujours dit : les erreurs se suivent et se ressemblent. Depuis, je m'attache à en faire la démonstration chaque jour qui passe.



dimanche 21 avril 2013

Alors la vie à Bologne ?

Je vis en Italie depuis bientôt deux mois et j'ai pensé qu'il était temps que je vous raconte un peu...






J'adore vivre à l'étranger. Et les deux premiers mois sont souvent les plus exaltants ! J'aime par dessus tout cette sensation incroyable lorsqu'on se promène au hasard et qu'on est baigné dans une langue inconnue. Je raffole de ce brouhaha chantant qui me permet de m'évader sans qu'aucun mot, aucune parole prononcée autour de moi, n'arrête le cours de mes pensées. Au début, chaque quartier se présente comme un nouveau monde. J'observe, je range dans des cases, je détruis mes cases... Je perds mon temps en profitant de la vie.

À Bologne, en Émilie-Romagne, au Nord de l'Italie, j'étudie l'ingénierie. Je vis mon second Erasmus, avec moins de cours et plus d'emmerdes. Comme chacun le sait, on se fiche pas mal des études en Erasmus. J'aurais aussi bien pu étudier la littérature allemande ou l'élevage des tigres du Bengale. Ce qu'on apprend en vivant à l'étranger est cent fois moins "bankable" et un milliard de fois plus passionnant : On apprend qu'il existe d'autres vies, ailleurs. 

Le description que je vais vous faire est entièrement subjective. J'aimerais pouvoir lire le monde avec une grille plus large que la mienne mais malheureusement je n'ai pas ce super pouvoir ! Ainsi tout cela ne reflète QUE mon point de vue, en cet instant précis, qui est parfaitement partial et modulable. Certains s'y retrouveront, d'autres pas du tout ! N'hésitez pas à m’encenser/m'insulter en fonction ! (Je déconne) 


Bologne est la plus ancienne ville étudiante d'Europe, et ça se sent. Elle est vivante, dynamique, grouille de jeunes éphèbes, d'ados attardés et de hipsters en devenir. La Via Zamboni en est le parfait symbole. Des arches taguées, des places bruyantes et conviviales, de l'alcool à gogo... Ah et quelques policiers au coin de la rue ! À peu près tout ce qu'on attend d'un quartier étudiant. 


La ville marque d'abord par ses arches qui habillent chacune de ses façades. Il faut un certain temps pour apprivoiser Bologne et l'aimer complètement. Pour le rêveur, il est difficile au départ de vagabonder sans jamais voir le ciel. Puis on s'habitue, on remarque enfin l'harmonie des couleurs vives de ses ruelles et la douceur de son caractère presque médiéval. 

La première chose que ma coloc italienne m'ait dite : "Bologne, c'est la ville des 3T. Tours, Tortellinis et Tétés" ! 
Si les deux tours Garisenda et Asinelli, datant du XIIème siècle, en sont aujourd'hui le symbole, j'ai été plus interpellée par la Fontana del Nettuno. Cette fontaine, point de départ de nombreuses virées nocturnes, est plus que sensuelle et vous réserve quelques surprises.
Quant aux tortellinis... Mmmmmmmmmm... Bologne est vraiment LA ville de la bouffe. Pizza-Pasta-Fiesta !! Les lasagnes, les tagliatelles et les tortellinis sont un délice. Quand aux pizzas et aux piadines (sorte de sandwich avec de la pâte à pizza), on peut réellement en trouver à toute heure du jour et de la nuit, et même à des prix imbattables pour les étudiants (2,5e la Margarita chez Pizza Casa!!). Mais le plus surprenant pour un français ce sont... Les glaces. Elles sont absolument incomparables. La Gelateria Santo Stefano  est sans doute la meilleure de toutes et propose des parfums maison inoubliables comme pistache ou chocolat orange. C'est sûr, les italiens savent manger !

Bologne est aussi pleine de petits cafés extrêmement sympathiques. Mes préférés ? Fram Caffè via Rialto, à l'ambiance vintage et l'accueil chaleureux, et Camera a Sud plus au Nord pour son atmosphère très cosy, avec plein de bouquins et des petits biscuits qui accompagnent le thé. On peut même réviser ses exams tranquillement, il y a la wifi ! Le soir, rien ne vaut l'authenticité de l'osteria del sole, en plein centre, pour un bon verre de vin. En revanche, si vous voulez un aperitivo du tonnerre, c'est au Macondo, via del Pratello, qu'il faut se rendre ! On se régale aussi les oreilles puisqu'il y a un concert jazz en live tous les soirs à partir de 21h. Enfin, on peut enchaîner avec les shots fantastique du Piccolo&Sublime avant d'aller danser au Lord Lister.




Les surprises que vous réservent Bologne et/ou l'Italie :


Côté bouffe : Je vous l'ai dit, la nourriture à Bologne est incroyable. Mais parfois, vous risquez d'être surpris !! 


-> Le café : C'est une institution. Les bolognais en boivent non-stop, sans prendre le temps de s'asseoir, debout au comptoir. Et en effet, c'est vite avalé : l'expresso (ou ristretto) fait le quart de la taille d'un café français avec une force de goût inversement proportionnelle ! Si vous avez du mal et que vous commandez un "longo", vous obtiendrez alors ceci :



Je suis un café long... Si si !

Bref, si vous voulez un café long, demandez un Americano, si vous voulez beaucoup de lait, demandez un Latte Macchiato. 

-> Le chocolat chaud : Ce n'est pas une boisson, c'est un combo entrée-plat-dessert à lui tout seul. On dirait une crème au chocolat chaude... Vous n'aviez pas dîné ? Vous n'avez plus faim!


-> Le Spritz : ce cocktail orange est très répandu à Bologne. Il peut être préparé avec Aperol ou Campari. Un conseil si vous n'aimez pas trop l'amertume... Aperol !!! A Bologne, la coutume quand on trinque est de frapper son verre sur la table avant de boire. Sinon c'est 7 ans de malheur sexuel, à vos risques et périls !


-> Le limoncello : cette liqueur de citron se boit très très fraîche à la fin du repas. C'est sucré, c'est bon, ça passe très bien... Et c'est aussi très alcoolisé ! D'expérience, cela peut vous jouer quelques tours.


-> Le pain : Allez savoir pourquoi, dans le Nord de l'Italie, ils ont oublié le sel ! Ainsi, le pain ne se mange pas seul, mais toujours avec une sauce pour rehausser son goût.


-> La composition du repas : Sans doute le plus surprenant pour nous français... En Italie, on ne mélange pas pâtes et protéines ! Il y a le "primo", qui est généralement un plat de pâtes, et le "secondo" qui  vient après et peut être une viande, du poisson etc. Donc au restaurant, vous pouvez très bien commander de la viande et vous n'aurez aucun accompagnement ! Et il faut bien avouer que c'est assez perturbant de ne pas tout avoir dans son assiette en même temps... Mais c'est ainsi à Bologne, les féculents n'appellent pas forcément les protéines et vice versa !

-> Le service : Pas le temps de souffler ! A peine votre assiette ou votre verre est-il vide que les serveurs sont là pour débarrasser. On peut trouver cela un peu stressant (au Gusta Pizza à Florence j'ai même vu un jeune homme quitter la table toujours en mâchant) mais à Bologne vous pouvez rester tranquillement installé autant de temps que vous le souhaitez. 


-> Les aperitivos : Mais bord*l qu'est-ce qu'on attend pour implanter ça en France ? Ceux de Bologne ne sont pas aussi fournis que ceux de Milan, mais le concept est toujours très agréable. 

-> Les rayons des supermarchés : Attention frustration !! Pour les amoureux des yaourts, des fromages... Vous allez un peu morfler ;) Globalement en yaourt il n'y a RIEN. Enfin, rien comparé au choix français. Les rayons produits laitiers sont minuscules et les yaourts se vendent souvent à l'unité. Bon courage pour retrouver votre bon vieux fromage blanc ou votre faisselle. De même pour les fromages de chèvre et autres... J'espère que vous aimez le parmesan et la mozza' ! Pareille pour les amoureux de la compote, il va falloir vous mettre à la cuisine ! J'en oublie certainement plein d'autres mais pour éviter toute frustration rappelez-vous une chose : vous n'êtes pas en France. Ah ! Et n'oubliez pas : pour vous servir en fruits et légumes, mettez des gants en plastique. 


Côté mecs : Le parisien vous snobe littéralement sur le dancefloor, est un adepte du cynisme et vit sa propre attirance comme un aveu de faiblesse ? Le bolognais est au contraire un décomplexé de la drague qui vous colle gentiment et vous souffle des "che bella!" à l'oreille toute la soirée. Parfois c'est lourd, parfois c'est rafraîchissant. Si vous approchez votre main ne serait-ce que d'un micro-centimètre de votre porte-monnaie, il vous fait les gros yeux et prend cela pour une attaque frontale de sa virilité. Mais quand vous osez, après plusieurs spritz, un audacieux "on va chez toi ?" vous apprenez A COUP SÛR qu'à presque 30 ans, le mâle vit toujours chez papa-maman. Le choc. Si vous persistez, attention à la seconde onde de choc : le slip ! Non mesdemoiselles, le boxer n'a pas l'air d'avoir fait son chemin jusqu'en Italie. Et si malgré tout ça vous voulez poursuivre l'aventure, sachez que pour pouvoir dire d'un italien "le beau gosse là, c'est mon mec", il faut qu'il y ait eu une déclaration OFFICIELLE. Même s'il est adorable avec vous. Même si ça fait un mois qu'il dort chez vous un jour sur deux. Même s'il vous lèche les doigts de pied tous les matins. Même. Etre "insieme" en Italie, c'est pas de la blague. C'est limite bague au doigt et tutti quanti. D'ailleurs, un bon conseil si vous voulez faire fuir les relous en soirée : portez un bague. Annulaire droit ou gauche, peu importe. Quand un indésirable s'approche, levez la main et pointez votre bague. Radical.



Côté logement : Là ça devient franchement moins drôle. Si votre bellâtre habite toujours chez sa môman, ce n'est pas (forcément) parce qu'il est attardé complet et ne sait pas repasser ses chemises. C'est parce qu'en Italie les logement sont chers et que rares sont ceux qui ont les moyens de vivre seuls. En ce moment je suis en coloc' avec deux italiennes de 37 ans. Ouai. 37 ans. En coloc. 


Côté hygiène : Gros dépaysement aussi de ce côté là ! Vous voyez cet espèce de bidet à proximité de toutes les toilettes italiennes ? Ça s'appelle une douche deux jours sur trois. Eh non, les bolognais ne prennent pas une douche par jour, ils se rincent le derrière au bidet si nécessaire et puis basta ! Vous n'aviez pas remarqué la quantité incroyable de gel intime dans les rayons des hypers ? Quand à l'épilation, si vous êtes adeptes de la cire sans bande, emportez-là dans vos affaires, ici ça n'existe pas. Ni la mousse à raser féminine d'ailleurs. Crème dépilatoire puante pour tout le monde ;)

Et le reste ? 

-> La mode : N'est pas Milan qui veut et autant dire qu'à Bologne la mode n'est pas classée numéro une dans la liste des priorités. Regardez les chaussures, vous serez surpris... Pourtant les femmes soignent leur apparence et personne n'est gros ! Le régime pizzas-pâtes-glaces leur réussit plutôt bien, les chanceux. 

-> La cigarette : Dans les bars, de belles et beaux italiens avec des lunettes sans verre vous accosteront pour savoir si vous fumez. Si vous répondez oui, ils vous proposeront d'échanger votre paquet de cigarette contre un des leurs. C'est un moyen de faire de la pub pour les nouveaux paquets en contournant la loi !

-> Les vendeurs de babioles : A Bologne, les vendeurs de babioles kitsch (briquets en forme de wc, lunettes qui clignotent, peluches, bracelets de l'amitié...) s'invitent jusqu'à votre table dans les bars et les restaurants. Assez surprenant pour les parisiens qui voient les vendeurs de roses toujours rabroués à l'entrée des cafés... On s'agace de leur insistance au début puis on remarque que les italiens sont très aimables avec eux, discutent, leur font une blague, leur disent non poliment et ne semblent nullement importunés par leurs fréquentes irruptions. Que c'est agréable finalement un peu de bienveillance réciproque dans nos rapports, non ?

-> Les prises : incroyables. Je n'ai jamais vu une diversité pareille dans les formes de prises et pourtant vous n'arriverez jamais à brancher vos appareils ! Investissez dans des adaptateurs, en priant pour qu'ils concordent eux-mêmes avec les prises !!!

-> La religion : On la sent incroyablement plus présente qu'en France. Bon ok ça n'a rien à faire dans la partie "surprises", vous vous en doutiez. 


-> La politique : Voici ce que j'ai entendu le plus souvent à Bologne pendant les élections : "si Berlusconi passe encore une fois, je quitte ce pays de merde". C'est dit.

-> L'expression typiquement bolognaise : Sopa !! Qui vient très lointainement de "socchiare", sucer. Vous l'entendrez souvent, je ne suis pas certaine d'avoir encore bien cerné son sens...



Et voilà ! J'espère vous avoir fait faire un bon petit tour de ma ville d'adoption pour quelques mois. Je ne peux que vous inviter à venir passer quelques jours à Bologne -Ryanair et Easyjet sont sur le coup- la dolce vita n'est pas un mythe ! Et c'est tout près de Venise, Florence, et beaucoup d'autres villes plus touristiques mais dotées d'un charme incomparable. 


Tanti baci, a presto !!








mercredi 6 mars 2013

Le Sucre, ce putain d'ennemi... // Mise à nu


Si je ne partage pas mon profil -seule une amie qui sait déjà tout de mes travers connait l'existence de ce blog, c'est que je veux pouvoir vous balancer le fond de mes emmerdes de la façon la plus directe et la plus véritable possible. Parce que ça me fait du bien, mais aussi parce que je sais que je ne suis pas la seule... On a toujours l'impression d'être le seul et l'unique à ressentir ce qu'on ressent. C'est faux. Totalement faux.

A travers mes rencontres et mes lectures, j'ai souvent remarqué que d'autres exprimaient à la perfection des sentiments qui me semblaient propres. Prenez ce roman de Jean-Marc Parisis par exemple, Les Aimants. Outre le fait qu'il soit une pure merveille stylistique, un véritable bijou de littérature et de poésie, il décrit incroyablement les sensations liées au deuil. Cet homme exprime mieux que je n'aurais jamais pu le faire MES ressentis quant à la disparition de MA mère.
Mais là n'est pas mon propos.

Ce que j'aimerais raconter cette nuit, c'est un petit enfer que je vis depuis plusieurs années et dont je suis certaine que d'autres souffrent également. Cela fait longtemps que je voulais écrire à propos de cela, sans jamais en avoir le courage. A tous ceux concernés, j'aimerais vous crier "je sais ce que vous vivez, et vous n'êtes pas seuls : moi aussi je suis "addicte" au sucre". Ça vous fait marrer ? Attendez que je vous raconte...

Peut-être que cela a commencé quand ma mère est tombée malade. Ou peut-être quand ce connard m'a brisé le coeur, ou quand j'ai déménagé. Ou quand on m'a répété pour la millième fois que j'étais moins belle et plus grosse que ma soeur. Je ne sais pas. On s'en fout. Toujours est-il que c'est arrivé. Insidieusement, sans que je m'en rende vraiment compte d'abord. Ça n'allait pas, je bouffais un pain au choc' pour me calmer. Puis 2, puis 4... puis la boite entière à la moindre contrariété.
Sauf que quand on bouffe de la merde en grande quantité et bah ? Ouai, on grossit. Au début ce n'était pas grand chose. Je me trouvais énorme comme pas mal de filles de mon âge mais j'étais parfaitement normale. Seulement quand on est jeune, on veut plaire aux mecs et on se regarde le nombril le tour de taille non-stop. Alors pour éviter la catastrophe j'ai commencé à gerber après mes pains au choc'.
C'est devenu une habitude par vague. Mais les vagues sont devenues de plus en plus hautes et les crises boulimiques de plus en plus graves. Je ne suis pas une grande convaincue de la gerbe. Je n'en ai pas le "courage", ça me dégoûte, c'est éprouvant, ça détruit l'oesophage et ça fait la mâchoire carrée. Ou pas, ce sont juste mes impressions. Et puis parfois ça allait mieux pendant toute une période, j'arrivais à contrôler mes envies de sucres ou à faire un régime à la con. Et puis, bim!, un jour ça repartait et je savais que j'en avais pour un bon moment.
Parfois, une nouveauté sucrée devenait une véritable obsession. Lors de mes voyages par exemple. Et peu à peu, les 5kg de plus sur la balance se sont transformés en formalité annuelle. Comme les bonnes résolutions, comme si c'était normal, pas grave. On se voile bien la face dans ces moments là...
D'ailleurs je suis devenue grosse puis obèse sans m'en rendre compte. Déjà parce qu'on a toujours une vision déformée et embellie de soi-même, ensuite parce que dans ma tête j'ai toujours été grosse. Je me suis presque toujours sentie grosse et encombrante dans le regard des autres, de mon père... Quel gâchis !
Bref en quelques années le problème est devenu absolument infernal. C'est inimaginable la quantité de stratégies que j'ai pu employer pour que cela ne se voie pas. Chez moi bien sûr mais à l'extérieur aussi. Qu'est-ce que j'étais -et suis toujours- complexée dans les magasins ! Pour acheter mes quantités industrielles de sucreries sans me sentir trop honteuse devant la caissière ou les clients j'achetais une quantité tout aussi industrielle de légumes vert pour "camoufler". Ou je m'inventais l'anniversaire d'un frère ou une colocation remplie de mecs et remplissais mon chariot en fonction. À la boulangerie je demandais plusieurs baguettes avec mes viennoiseries pour que la vendeuse croie que j'achetais cela pour une famille et non pour moi seule.
Ce ne sont que des souvenirs atroces et douloureux, bien plus qu'on ne peut le croire. En 6 ans j'ai pris près de 30kg de cette façon, à force de tentatives de régimes insensés et de rechutes terribles. Pourtant je n'avais pas l'impression d'être malade, je suis une fille normale, plutôt intelligente, calme et réfléchie, singulière comme tout le monde.
Un jour pourtant, dans une période de désespoir pas si lointaine, je n'ai plus supporté ces conneries et j'ai décidé d'aller consulter. Je suis allée voir Monsieur Z., un psychiatre parisien, grand maître de l'EMDR. Plutôt que de se concentrer sur mes troubles alimentaires, il m'a surtout redonné confiance en moi. Il m'a simplement dit "vous êtes très belle et vous maigrirez j'en suis certain" et peu à peu, je l'ai cru.
Avec lui j'ai commencé à réfléchir à ce qui déclenchait mes envies de goinfreries sucrées. Et franchement, je ne sais pas. Pour certaines personnes, les "déclencheurs" sont très nets. A un moment donné ils sont tristes, se sentent seuls, se sentent dévalorisés etc. et se mettent alors à manger. Moi, je n'arrive pas du tout à savoir précisément ce qui déclenche chez moi ces "crises de boulimie". Mais, malgré tout, j'ai réussi à les limiter de mieux en mieux et cette année je n'ai pas pris un gramme, j'ai même perdu un kilo. Et ce, malgré mes malheurs qui sont plus grands que tous ceux vécus auparavant. J'ai réalisé que je suis au volant de ma propre Ferrari, personne ne peut la conduire à ma place, personne n'est responsable de la façon dont je la conduis.
Pourtant, n'allez pas croire que ça y est youpi je suis guérie comme par magie et v'là le beau happy ending. Non.
J'arrive la plupart du temps à mettre moins d'émotions dans ma nourriture. En d'autres termes, à mettre une distance entre mon mal-être et ce que j'ingurgite. La nourriture n'est pas faite pour guérir nos peines, alléger nos malheurs, combler un vide dans notre existence. Elle est là pour faire fonctionner notre corps, nous donner l'énergie nécessaire à la vie. Elle est agréable quand on ne dépasse pas sa satiété et qu'on écoute ses envies, ses besoins. Elle est inconfortable sinon.
Malgré tout, j'ai encore beaucoup de mal à réduire ou supprimer ce que je sais mauvais pour mon corps, soit tous les aliments délicieusement caloriques et sucrés. J'aimerais être comme ces filles qui laissent des plaquettes de chocolat traîner dans leurs placards des mois entiers, ou comme ma soeur qui achète des bonbons "parce que c'est convivial" mais qui n'en mange même pas un par semaine. Mais pour moi c'est toujours impossible. Je ne peux pas avoir de réserves sous peine de les finir plus vite qu'il ne faut pour l'écrire.
C'est beaucoup moins obsessionnel qu'avant, mais je ressens encore vraiment violemment le manque du sucre si je n'en consomme pas dans l'après-midi. C'est une sensation physique de manque, comme un fumeur qui voudrait se débarrasser de la cigarette. J'ai réalisé que le sucre était pour moi une véritable drogue. Si je l'arrête brutalement, je fais une rechute instantanément. Si je lis quelque part qu'il faut que je supprime complètement tous chocolats, biscuits et bonbons de mon alimentation, je me jette dessus à la première occasion. Je suis devenue, après toutes ces années de troubles alimentaires, complètement accro au sucre.
Mais voilà. Mon corps, je le vois en partie comme un cadeau de ma mère. C'est elle qui l'a construit -il ressemble d'ailleurs beaucoup au sien-, je sais que, où qu'elle soit, elle veut que j'en prenne soin, que je m'occupe bien de moi, et que j'arrête de me brutaliser.
Ainsi, maintenant que j'ai éloigné la nourriture de mes émotions, je veux aujourd'hui me débarrasser de cette addiction au sucre pour adopter une alimentation saine. J'essaye de traiter cela comme toute autre addiction, en réduisant progressivement les doses.
Adieu régimes draconiens, crises de boulimie, larmes et culpabilité. A présent j'écoute mon corps, mes sensations, je mange lentement et sainement, je me fais plaisir, et je pense à la beauté de ce corps que ma mère m'a laissé.

Sucre, hier tu m'as pourri la vie mais c'est bien fini, j'apprendrai bientôt à me passer de toi !

Un dernier "tips" pour les personnes concernées par cet article : ne jamais regarder le sommet de la montagne avant d'y être parvenu ! C'est ce que j'ai fait pendant longtemps et cela a simplement contribué à mon recul face à l'ampleur du désastre. Au contraire, apprendre à gérer ses difficultés au jour le jour est un moyen d'avancer tranquillement, sans se décourager, jusqu'à atteindre des pas de géants sans même s'en apercevoir !


PS : Dans la vie, tout est une question de temps et de moment, j'en suis convaincue. J'ai enfin eu mon permis, j'ai validé tous mes cours, j'ai eu mon TOEIC haut la main.... Et je suis en Italie pour 6 mois. Qui dit mieux ?