mercredi 6 mars 2013

Le Sucre, ce putain d'ennemi... // Mise à nu


Si je ne partage pas mon profil -seule une amie qui sait déjà tout de mes travers connait l'existence de ce blog, c'est que je veux pouvoir vous balancer le fond de mes emmerdes de la façon la plus directe et la plus véritable possible. Parce que ça me fait du bien, mais aussi parce que je sais que je ne suis pas la seule... On a toujours l'impression d'être le seul et l'unique à ressentir ce qu'on ressent. C'est faux. Totalement faux.

A travers mes rencontres et mes lectures, j'ai souvent remarqué que d'autres exprimaient à la perfection des sentiments qui me semblaient propres. Prenez ce roman de Jean-Marc Parisis par exemple, Les Aimants. Outre le fait qu'il soit une pure merveille stylistique, un véritable bijou de littérature et de poésie, il décrit incroyablement les sensations liées au deuil. Cet homme exprime mieux que je n'aurais jamais pu le faire MES ressentis quant à la disparition de MA mère.
Mais là n'est pas mon propos.

Ce que j'aimerais raconter cette nuit, c'est un petit enfer que je vis depuis plusieurs années et dont je suis certaine que d'autres souffrent également. Cela fait longtemps que je voulais écrire à propos de cela, sans jamais en avoir le courage. A tous ceux concernés, j'aimerais vous crier "je sais ce que vous vivez, et vous n'êtes pas seuls : moi aussi je suis "addicte" au sucre". Ça vous fait marrer ? Attendez que je vous raconte...

Peut-être que cela a commencé quand ma mère est tombée malade. Ou peut-être quand ce connard m'a brisé le coeur, ou quand j'ai déménagé. Ou quand on m'a répété pour la millième fois que j'étais moins belle et plus grosse que ma soeur. Je ne sais pas. On s'en fout. Toujours est-il que c'est arrivé. Insidieusement, sans que je m'en rende vraiment compte d'abord. Ça n'allait pas, je bouffais un pain au choc' pour me calmer. Puis 2, puis 4... puis la boite entière à la moindre contrariété.
Sauf que quand on bouffe de la merde en grande quantité et bah ? Ouai, on grossit. Au début ce n'était pas grand chose. Je me trouvais énorme comme pas mal de filles de mon âge mais j'étais parfaitement normale. Seulement quand on est jeune, on veut plaire aux mecs et on se regarde le nombril le tour de taille non-stop. Alors pour éviter la catastrophe j'ai commencé à gerber après mes pains au choc'.
C'est devenu une habitude par vague. Mais les vagues sont devenues de plus en plus hautes et les crises boulimiques de plus en plus graves. Je ne suis pas une grande convaincue de la gerbe. Je n'en ai pas le "courage", ça me dégoûte, c'est éprouvant, ça détruit l'oesophage et ça fait la mâchoire carrée. Ou pas, ce sont juste mes impressions. Et puis parfois ça allait mieux pendant toute une période, j'arrivais à contrôler mes envies de sucres ou à faire un régime à la con. Et puis, bim!, un jour ça repartait et je savais que j'en avais pour un bon moment.
Parfois, une nouveauté sucrée devenait une véritable obsession. Lors de mes voyages par exemple. Et peu à peu, les 5kg de plus sur la balance se sont transformés en formalité annuelle. Comme les bonnes résolutions, comme si c'était normal, pas grave. On se voile bien la face dans ces moments là...
D'ailleurs je suis devenue grosse puis obèse sans m'en rendre compte. Déjà parce qu'on a toujours une vision déformée et embellie de soi-même, ensuite parce que dans ma tête j'ai toujours été grosse. Je me suis presque toujours sentie grosse et encombrante dans le regard des autres, de mon père... Quel gâchis !
Bref en quelques années le problème est devenu absolument infernal. C'est inimaginable la quantité de stratégies que j'ai pu employer pour que cela ne se voie pas. Chez moi bien sûr mais à l'extérieur aussi. Qu'est-ce que j'étais -et suis toujours- complexée dans les magasins ! Pour acheter mes quantités industrielles de sucreries sans me sentir trop honteuse devant la caissière ou les clients j'achetais une quantité tout aussi industrielle de légumes vert pour "camoufler". Ou je m'inventais l'anniversaire d'un frère ou une colocation remplie de mecs et remplissais mon chariot en fonction. À la boulangerie je demandais plusieurs baguettes avec mes viennoiseries pour que la vendeuse croie que j'achetais cela pour une famille et non pour moi seule.
Ce ne sont que des souvenirs atroces et douloureux, bien plus qu'on ne peut le croire. En 6 ans j'ai pris près de 30kg de cette façon, à force de tentatives de régimes insensés et de rechutes terribles. Pourtant je n'avais pas l'impression d'être malade, je suis une fille normale, plutôt intelligente, calme et réfléchie, singulière comme tout le monde.
Un jour pourtant, dans une période de désespoir pas si lointaine, je n'ai plus supporté ces conneries et j'ai décidé d'aller consulter. Je suis allée voir Monsieur Z., un psychiatre parisien, grand maître de l'EMDR. Plutôt que de se concentrer sur mes troubles alimentaires, il m'a surtout redonné confiance en moi. Il m'a simplement dit "vous êtes très belle et vous maigrirez j'en suis certain" et peu à peu, je l'ai cru.
Avec lui j'ai commencé à réfléchir à ce qui déclenchait mes envies de goinfreries sucrées. Et franchement, je ne sais pas. Pour certaines personnes, les "déclencheurs" sont très nets. A un moment donné ils sont tristes, se sentent seuls, se sentent dévalorisés etc. et se mettent alors à manger. Moi, je n'arrive pas du tout à savoir précisément ce qui déclenche chez moi ces "crises de boulimie". Mais, malgré tout, j'ai réussi à les limiter de mieux en mieux et cette année je n'ai pas pris un gramme, j'ai même perdu un kilo. Et ce, malgré mes malheurs qui sont plus grands que tous ceux vécus auparavant. J'ai réalisé que je suis au volant de ma propre Ferrari, personne ne peut la conduire à ma place, personne n'est responsable de la façon dont je la conduis.
Pourtant, n'allez pas croire que ça y est youpi je suis guérie comme par magie et v'là le beau happy ending. Non.
J'arrive la plupart du temps à mettre moins d'émotions dans ma nourriture. En d'autres termes, à mettre une distance entre mon mal-être et ce que j'ingurgite. La nourriture n'est pas faite pour guérir nos peines, alléger nos malheurs, combler un vide dans notre existence. Elle est là pour faire fonctionner notre corps, nous donner l'énergie nécessaire à la vie. Elle est agréable quand on ne dépasse pas sa satiété et qu'on écoute ses envies, ses besoins. Elle est inconfortable sinon.
Malgré tout, j'ai encore beaucoup de mal à réduire ou supprimer ce que je sais mauvais pour mon corps, soit tous les aliments délicieusement caloriques et sucrés. J'aimerais être comme ces filles qui laissent des plaquettes de chocolat traîner dans leurs placards des mois entiers, ou comme ma soeur qui achète des bonbons "parce que c'est convivial" mais qui n'en mange même pas un par semaine. Mais pour moi c'est toujours impossible. Je ne peux pas avoir de réserves sous peine de les finir plus vite qu'il ne faut pour l'écrire.
C'est beaucoup moins obsessionnel qu'avant, mais je ressens encore vraiment violemment le manque du sucre si je n'en consomme pas dans l'après-midi. C'est une sensation physique de manque, comme un fumeur qui voudrait se débarrasser de la cigarette. J'ai réalisé que le sucre était pour moi une véritable drogue. Si je l'arrête brutalement, je fais une rechute instantanément. Si je lis quelque part qu'il faut que je supprime complètement tous chocolats, biscuits et bonbons de mon alimentation, je me jette dessus à la première occasion. Je suis devenue, après toutes ces années de troubles alimentaires, complètement accro au sucre.
Mais voilà. Mon corps, je le vois en partie comme un cadeau de ma mère. C'est elle qui l'a construit -il ressemble d'ailleurs beaucoup au sien-, je sais que, où qu'elle soit, elle veut que j'en prenne soin, que je m'occupe bien de moi, et que j'arrête de me brutaliser.
Ainsi, maintenant que j'ai éloigné la nourriture de mes émotions, je veux aujourd'hui me débarrasser de cette addiction au sucre pour adopter une alimentation saine. J'essaye de traiter cela comme toute autre addiction, en réduisant progressivement les doses.
Adieu régimes draconiens, crises de boulimie, larmes et culpabilité. A présent j'écoute mon corps, mes sensations, je mange lentement et sainement, je me fais plaisir, et je pense à la beauté de ce corps que ma mère m'a laissé.

Sucre, hier tu m'as pourri la vie mais c'est bien fini, j'apprendrai bientôt à me passer de toi !

Un dernier "tips" pour les personnes concernées par cet article : ne jamais regarder le sommet de la montagne avant d'y être parvenu ! C'est ce que j'ai fait pendant longtemps et cela a simplement contribué à mon recul face à l'ampleur du désastre. Au contraire, apprendre à gérer ses difficultés au jour le jour est un moyen d'avancer tranquillement, sans se décourager, jusqu'à atteindre des pas de géants sans même s'en apercevoir !


PS : Dans la vie, tout est une question de temps et de moment, j'en suis convaincue. J'ai enfin eu mon permis, j'ai validé tous mes cours, j'ai eu mon TOEIC haut la main.... Et je suis en Italie pour 6 mois. Qui dit mieux ?